‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 3)Chapitre 73 sur 239 · ioÙ-^GO · texte numérisé non relu

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ccnlre toutes les passions dans l'abjection du moi humain, et sape ainsi à petit bruit les vrais fondements de toute société ». La « philosophie » se croit peut-être pacifique; mais, si elle ne tue pas les hommes, c elle les empêche de naître, en détruisant les mœurs qui les multiplient, en les détachant de leur espèce, en réduisant toutes leurs affections à un secret égoïsme aussi funeste à la population qu'à la vertu. L'indiiférence philosophique ressemble à la tranquillité de TÉtat sous le despotisme : c'est la tranquillité de la mort ' ». Et le réquisitoire continue avec des mots aussi acérés, aussi durs, qui énervent singulièrement, par contre-coup, toute la critique des religions révélées, où le Vicaire avait parlé en « philosophe ». D'ailleurs, dans les suprêmes conseils qu'il adresse à son jeune disciple, c'est en vain qu'il essaye de lui trouver une position intermédiaire, à égale dislance des deux partis, et de combiner habilement les phrases antithétiques, où les thèses contraires sont une dernière fois opposées et rejetées toutes deux :. « lorgueilleuse philosophie mène à l'esprit fort, comme Taveugle dévotion mène au fanatisme.,.; osez confesser Dieu chez les philosophes, osez prêcher l'humanité aux intolérants - », — celle impartialité est toute en formules. Le texte imprimé manifeste déjà ce déséquilibre de sympathie; mais les manuscrits nous Tont rendu plus sensible : l'addilion de la grande note sur les services de la religion et la nécessité d'un PoulSherro, la suppression du couplet satirique contre les dévots, tandis que le réquisitoire contre les faux interprètes de la nature était maintenu, — tout cet ensemble de retouches nous fait com prendre, qu'en dépit de ses négations, de ses révoltes, pourtant très sincères, contre le dogme, lés mystères et la théologie, — le Vicaire Savoyard est resté beaucoup /plus chrétien, je ne dis pas qu'il le croit lui-même, mais

LA « PROFESSION DE FOI » DU VICAIKE SAVOYARD. m

(lu on serait d'abord tenté de le croii-e. Cette Profession de foi, qui, durant quelques pages, semble ramasser toute la pensée négative du xviii'' siècle, est, par endroits, comme nous le verrons, toute pénétrée desprit chrétien.' Ce prêtre^ a su, du moins, garder le langage de sa fonction : il connaît son psautier, et s'en nourrit ^ ; les citations bibliques ou évangéliques se présentent naturellement à sa mémoire, et s'incorporent sans disparate à sa phrase 2. 11 a d'instinct le ton d'Église. Relisons certaines fins de paragraphes; il y a là un vocabulaire, une cadence, une gravité, qui sentent le temple et la chaire : <c Quoi qu'il en soit de ce mystère inconcevable, je ne crains pas qu'au jour du jugement, je sois puni pour l'avoir jamais profané dans mon cœur »; ou bien : « Quoi qu'il arrive, je ne blasphémerai point contre la justice divine, et ne rnentirai point contre le Saint-Esprit »; ou encore : « Si des pierres mêmes Dieu peut susciter des enfants à Abraham, tout homme a droit d'être éclairé lorsqu'il s'en rend digne 3 ,,. En face de ces formules, qui, malgré tout, sont d'un prêtre, Voltaire perd pied et s'impatiente : <. Jean- Jacques, que veux-tu dire »? s'écrie-t-il S" et l'on comprend qu'une imagination et une intelligence très laïcisées, comme la sienne, se sentent un peu mal à l'aise devant cette éloquence. « Il n'y a que l'espoir du juste qui ne trompe point », dit le Vicaire en finissant; et il ajoute d'un ton pénétré : Amen. Cet Amen que Rousseau a voulu maintenir, et qu'il a rétabli sur son exemplaire •-, est bien le dernier mot qui convient à ce discours, ou plutôt à ce sermon. On pourrait même se demander s'il n'est pas resté, chez ce prêtre, quelque chose du catholicisme dont il est officiellement le ministre. Sans doute, il a pris avec son Église de singulières libertés : il n'a jamais accepté, ni de

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