et note 3, 183 el note
LA « PROFESSION DE FOI » DU VICAIKE SAVOYAHD. [là
(c riiomme social », à qui la pensée de Dieu s'impose, qui « doit être vertueux », ne pourra pas l'être « sans peine », sans avoir dominé, à grand elTort, « la loi du corps » qui l'entraîne '.
C'est que, sous la philosophie de Jean-Jacques, et plus profonde qu'elle, reparaît la conception chrétienne du corps, instrument de servitude et de corruption. « Qui me délivrera de ce corps de mort », soupirait saint Paul, ou, comme il disait ailleurs, « de ce corps de [)éché »? — C'est aussi le soupir du Vicaire; et toute cette théorie des deux substances, qui composent l'homme, en se le disputant, est encore îa paraphrase du mot de saint Paul : « Je prends [)laisir à la loi de Dieu, selon l'homme intérieur, mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lulte contre la lui de ma raison, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dan-s mes membres- ». Rousseau, qui semblera nier le péché originel, a une imagination trop chrétienne, trop familiarisée avec l'idée de la corruption de la nature, l)0ur pouvoir se représenter la vie de l'ame autrement que sous la forme d'un combat, et la mort sinon comme une délivrance. Et au moment même où le Vicaire nous assure ([ue (( l'homme sera toujours bon sans peine », il vient d'affirmer, en prêtre chrétien, que la vie présente n'est qu'un « état d'abaissement 3 ».
Ces indéniables survivances chrétiennes, Jean-Jacques les a-l il senties? J'en douterais. Peut-être, en toute bonne foi, a-t-il cru n'écouter que la u sainte voix de la nature '- » ; mais c'est une illusion que nous ne pouvons plus partager avec lui. Cependant, puisque c'était la sienne, — après avoir constitué sa religion naturelle, et repoussé la révélation au nom de la raison, ciuelle devrait être la
1. 241-243 et note 1, 289-201, et les textes cités à la note 2 de la p. 28'J.
2. Épître aux Romains, VI, 6, VII, 22-24; Profession de foi, 109 et note 2.
IIG LA i< PROFESSION DE FOI » DE JEAN-JACQUES.
conclusion de son Vicaire? S'il était, je ne dis pas même un logicien, mais un esprit scrupuleux, décidé à ne pas afllrmer dans sa vie i)lus (jue dans sa pensée, son altitude serait facile : il confesserait publiquement son théisme; mais, a l'égard des « religions révélées », et plus spécialement de la chrétienne, il se renfermerait dans une négation décente, ou, pour rester plus fidèle à ses principes d'humilité intellectuelle, dans un « doute respectueux * ». Ce pourrait être la réserve d'un observateur sympathique, ce serait, du moins, cl praliqucment, rabstention. Mais une telle attitude est peu conforme au tempéiamcnt de Jean-Jacques. Cet indolent, ce timide a peur de l'action, peur des responsabilités. Après avoir eu de grandes audaces de paroles, il se croit libéré par elles, et recule devant les conséquences positives que ses affirmations sembleraient impliquer. Ses ouvrages antérieurs offraien déjà ce même contraste inattendu entre des principe très révolutionnaires et des conclusions très conserva trices. Le premier Discours anathématise les sciences et les arts, et ne voit de salut que dans les académies; le Discours sur Vinégalilé paraît détruire toute autorité, et recommande pourtant « l'obéissance scrupuleuse aux lois et aux hommes qui en sont les auteurs et 1rs ministres - »; t^ Nouvelle Héloïse prêche d'abord l'émancipation sentimentale, et proclame la suprématie des droits de la passion, mais elle aboutit à exaller la fidélité conjugale, à consolider les grands devoirs familiaux et sociaux K Le Vicaire Savoyard nous réserve la même surprise. Après avoir établi longuement rinutilité, l'invraisemblance et le danger d'une révélation, il semble conclure qu'il est temps de soumettre les religions traditionnelles à une critique courageuse, « d'arracher les piliers lloltants » auxquels les
1' âmes incertaines «~ pensent tenir encore », et de « con- 1.399.