et note
LA M r'HOFESSIOX DE FOI » DU VICAIRE SAVOYARD. 119
romniL' moi ' ». Le Vicaire s"accuse d'avoir pensé ainsi, eL semble décrire nn état d'âme qui ne serait plus le sien; c'est pourtant, sous la puérilité volontaire de l'expression, celui même de Jean-Jacques : c'est celui, du moins, qu'il connaîtra de plus en plus, et dont la Profession nous apporte déjà les premières formules. Dans sa révolte contre l'idée de révélation, il y a précisément cette exigence : « Que d'hommes entre Dieu et moi »! s'écrie le "N'icaire pour récuser le témoignage des livres saints; et, un peu plus loin : « Toujours des livres, quelle manie »'.■ | ce qui peut se traduire : « Que de livrés enire Dieu et / moi »! C'est l'irritation d'une âme qui sent Dieu, qui le veut, mais par elle-même et pour elle-même, sans inter- 1 médiaire ni discipline 2. « Dieu n'a-t-il pas tout dit à ses yeux, à sa conscience, à son jugement^ »? Le vrai culte, c'est de purifier ses yeux au contact de la nature, sa conscience par le silence et la solitude, son jugement par la méditation des choses divines. La vie de Jésus en est une. Quand Jean-Jacques s'attendrit devant cette mort, qui fut « la mort d'un Dieu », il oublie qu'elle est racontée dans^ un livre, et que ce sont des hommes qui en témoignent : l'histoire est si belle, si sainte, qu'elle s'est incorporée d'elle-même aux sentiments les plus profonds de son âme ; l'histoire de Jésus se confond avec la voix du cœur.
Ainsi toute l'attitude religieuse du Vicaire Savoyard — sa ferveur théiste, comme sa défiance à l'égard des révélations ou sa tendresse pour l'Évangile, — s'explique par ce besoin de trouver un Dieu qui corresponde directement à son cœur, et qui se révèle à lui tout entier : religion, c{ui, pour se constituer, ne réclame aucun oracle, aucun prêtre, mais le seul Jean-Jacques ; les yeux de Jean-Jacques, où se reflète l'univers de Dieu, la conscience de Jeoii-Jacques, où Dieu se fait entendre, le cœur de Jean-Jacques, où Dieu est
adoré. La religion du Vicaire Savoyard, c'est d"abord le sentiment de celte intimité avec Dieu, et c'est aussi l'attente de ce ciel qui recevra son âme déjà divinisée sur terre. Mais ne prenons pas le change sur cette félicité future. Il ne s'agit point ici de vision béatifique, comme parlent les théologiens; il ne s'agit point de se perdre en Dieu, mais plutôt d'absorber Dieu en soi. Sans doute, le Vicaire Savoyard n'oublie pas l'immensité, Fincompréhensibilité divines, et s'humilie devant elles : (( Être des êtres, lui crie-t-il, c'est le charme de ma faiblesse de me sentir accablé de ta grandeur ' ». Mais c'est moins l'humilité de l'âme devant le Dieu dont elle se sentirait l'indigne et lointaine créature, que l'éblouisscment devant le mystère qui l'attend, quand la vie véritable commencera pour lui, et que, retournant à sa source, qui est Dieu, il se sentira Dieu lui-même, « libre, bon et heureux comme lui ~ ». Dès à présent, il vit en Dieu « par le concours de ses volontés aux siennes »; en lui disant : « que la volonté soit faite, en y joignant la sienne, il fait ce que Dieu fait, il acquiesce à sa bonté, il croit partager d'avance la suprême félicité qui en est le prix ».|Mais ce paradis qu'il rêve, c'est celui qu'il remplira tout entier, celui qui lui donnera les suprêmes voluptés dans le contentement et la jouissance de luimême ^. « J'aspire, dil-il, au moment où, délivré des entraves du corps, je serai moi sans contradiction, sans partage, et n'aurai besoin que de moi pour être heureux '■ ». Mot ingénu, qui achève, semble-t-il, de nous expliquer ce cri d'étonnement et d'indignation : « Que d'hommes entre Dieu et moi )>! Da^ns le j2aradis de Jean-Jacques^Dieu^ lui-même s'^facera discrètemeint, pogTi'ïïTsâer^jace àJeaiv- Jacques,