Leltre du 4 mnrs 17G4. XI
124 LA (I PRûFESSIOiN DK FOI » DE JEAN-JACOUKS.
avoir dit hardiment ses sentiments, pour s'être nommé, pour ne vouloir pas se dédire,... est un hypocrite d'une espèce assez nouvelle. Je ne connais dans cet état qu'un moyen de prouver qu'on n'est pas un hypocrite; mais cet expédient, auquel mes ennemis veulent me réduire, ne me conviendra jamais, quoi qu'il arrive : c'est d'être un impie ouvertemenl' ». Si je relis pourtant la lettre de Mme de Boufllers, je remarquerai qu'elle laisse hors de cause la sincérité de Jean-Jacques, et que le mot d'hypocrite n'y est point prononcé 2. C'était donc bien, semble-t-il, aune objection intérieure que s'adressait la réponse de Rousseau; et il la faisait avec une brusquerie, qui trahissait, malgré toutes les protestations, une inquiétude, sinon un scrupule. On comprend ce scrupule Vue du dehors, la conduite de Jean-Jacques paraît presque malhonnête, (c Pourquoi professer des sottises » ? lui criait l'exécuteur testamentaire de Jean Meslier; « il n'y a qu'à se taire et ne rien professer ■' ». Tout spectateur « raisonnable » devait se répéter la question de Voltaire, et se demander ce qu'il pouvait rester de sincérité chez l'homme qui enlevait à une Église ses dogmes, sa mission, son autorité, et venait ensuite chercher près d'elle un asile pour sa piété, un réconfort pour son cœur en détresse. Mais on s'explique aussi la révolte de Jean-Jacques devant ces insinuations d'hypocrisie : comme il le disait à Mme de Bouftlers, où peut être l'hypocrisie du croyant courageux, qui se nomme et parle ouvertement, qui déclare ses doutes, ses objections, ses négations et ne les retire point, mais qui néanmoins aHiriae avec force ses l)os(>iiis spirituels, sa foi plus tenace que ses doules, sa liili'lilé à l'I^glise de son enfance et de son pnys? I.;i vie humaine n'est point logique, et Tame vivante de .le;ui~.lac(pies restait sincère.