Cf. É. Rod [5601, 119, 122 el suiv
LES CÛMiMENTAIHES DE LA i' PROI"ESSIO.\ DE FUI ». 129
monde; donc Pictol peut sans crime réjinndre les libelles séditieux contre le Conseil ^ ». L'indécente atliludc des ministres faisait donc scandale, et l'opinion publique leur était plutôt sévère. Parmi ceux-là même qui n'étaient point pour Voltaire de très chauds partisans, ou qui n'avaient aucun droit à se faire les défenseurs d'une orthodoxie fort stricte, des inquisiteurs se révélaient. Bonnet et Haller, qui, pourtant, avaient pris avec le dogme plus d'une liberté-, paraissaient presque regretter que le temps fût passé où Ion ne se contentait pas de brûler les livres, mais où l'on rôtissait les auteurs mêmes. « Il fallait un arrêt pareil, écrit Haller à Bonnet après la condamnation, pour rétablir l'honneur de l'Église de Genève. Dans mes voyages, le reproche général était déjà que les protestants n'avaient point de religion ». Et Bonnet lui répondait, non sans fierté : <c Notre sénat n'a pas laissé à notre clergé le temps de se pourvoir contre les attentats de Rousseau; à peine les monstres ont-ils paru qu'ils ont été brûlés-^ ». De pareils propos, et l'indignation d'un certain public, du patriciat genevois en particulier, suffiraient à nous expli<iuer le changement d'attitude des pasteurs. Mais il y a de leur évolution des raisons plus générales et plus profondes.
Je ne crois pas qu'il faille ici parler de pression extérieure : démarches du résident français ou excitations de Voltaire. C'est déjà N'oltaire et M. de Montpéroux que dénonçait le colonel Pictet- derrière l'arrêt du Conseil; mais il se trompait. Le résident de France, qui n'avait point sollicité du Conseil la condamnation de Rousseau, la vit sans doute avec plaisir ; mais, après avoir respecté la liberté du Conseil, il ne devait pas se soucier de compromettre son gouvernement auprès de la Compagnie '^. Pour