Traite de morale
de générosité les engage à avertir du danger de ses enseignements, en plaçant au frontispice de leurs ouvrages cette terrible inscription du Dante : Lasciat' ogni spcranza voi ch'en- IrateK
Ainsi la vérité religieuse doit se réduire à un <( beau système d'espérance- ». C'est faire preuve d'une âme distinguée de ne vouloir la vérité que « belle ». Les littérateurs à la mode le disent dans leurs préfaces : « Une âme neuve, douée d'une sensibilité profonde, déclarera Loaisel de Tréogale,... l'amour du beau lui fait préférer des mensonges consolants, qui l'exaltent, à des vérités attristantes, qui la flétrissent et la tiennent dans des entraves ^ ». Ses liéros, effrayés de leur raison et des exigences qu'elle pourrait leur imposer, « craignent d'avancer sur cet océan métaphysique d'où ne sont revenus tant de penseurs audacieux que pour étendre un voile funéraire sur le monde et sur l'avenir. Jamais ils n'approfondissent ces matières ténébreuses, de peur de ne retirer de cet examen dangereux que des doutes désespérants, et de perdre, avec leurs illusions les plus chères, la base consolante où repose leur bonheur... Ils aiment à se remplir de ces pensers ravissants d'unc.autre vie, qui, fût-elle une chimère, n'en serait pas moins l'illusion la plus douce qui eût séduit le cœur humain '•^m. C'est parce qu'il les entend autour de lui, tous ces servants attendris de <( Tillusion », que D'Holbach a pu les faire parler ainsi dans son Système de la nature : k Ne m'ôtez point mon fantôme charmant; je ne retrouverai point mes illusions si douces dans une nécessité sévère, dans une matière aveugle et inanimée, dans une nature privée d'intelligence et de sentiment.... Pourquoi me ravir une erreur qui m'est chère? Pourquoi m'anéantir un Dieu, dont l'idée consolante tarit la source de mes pleurs et sert à calmer mes peines?...