Dolbreusc
LKS « PAROISSIENS DU VIGAIRR SAVOYARD ». 137
Une erreur utile n'est-elle pas préférable à des vérités qui privent lesprit de toute consolation et qui ne lui montrent aucun soulagement à ses maux' »? C'est là si précisément la dialectique des « Ames sensibles », que, quand IloUand réfutera le Système de D"Holbach, il ne trouvera, sur ce point, rien d'autre à lui opposer, et lui réi)ondra en le copiant : u Pourquoi donc vouloir arracher à l'humanité ses douces espérances? Pourquoi ravir au malheureux l'unique consolation qui le remplit de joie?... Philosophe barbare, laissez-nous donc une illusion que nous chérissons. Par quel motif présentez-vous à l'homme de bien un système destructeur de ses espérances et de ses soulagements, un système qu'il ne pourrait croire qu'avec effroi, et qu'il ne peut rejeter qu'avec indignation"^ »? Ainsi se trouve transposée en style de rhéteur la maxime favorite de Jean-Jacques : « il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas ^ ». D'ailleurs, l'œuvre tout entière de Rousseau ne préchet-elle pas de façon diffuse une croisade anti-inlellectùelle? Chercher le bonheur dans une vie que la pensée n'attriste plus, retrouver la nature loin de la rétlexion qui la déprave, c'est exalter, sous une autre forme, le sentiment et l'inslinct; c'est inviter les hommes à se réfugier dans « cet asile que la favorable ignorance vient leur ouvrir *». C'était déjà, on se le rappelle, chez l'autre Rousseau et chez tous les poètes de « l'âge d'or », un des thèmes familiers de leur lyrisme >. Les disciples de Jean-Jacques vont faire passer définitivement ces principes de poètes dans la morale quotidienne; et Rernardin de Saint-Pierre écrira, avec autant de conviction que de volupté, un chapitre des Études, dont le titre n'aura même plus, en 1784, la séduction du paradoxe : Plaisirs de l'ignorance'''.