Confessions, Vlll
6. Il semble pourtant qu'il y ait eu une édition de VExamen de la religion dès 1745 : cf. mon édition de la Profession [47], 362-5G3.
7. 11 esi proiiable que. seule, la grande note linale de la Profession date de la seconde moitié de 1761 : cf. mon Introduction [471, p. lxxi- Lxxn.
20 ROUSSKAU RT LA RESTAUnATION HELIOIEUSK.
a plus : parmi tous les libelles qui ont été imprimés entre 1760 et 1770, plusieurs, depuis longtemps, circulaient en manuscrits dans le public : public restreinl, il est vrai, mais public de gens de lettres, de philosophes, d"hommes d'Église, de magistrats, où s'élabore l'opinion. Ce serait fausser l'histoire de lesprit philosophique au xviiF siècle de croire que la grande bataille antichrétienne de 1760 à 1770 a été une brusque explosion : elle s'est manifestée par l'impression de pamphlets violemment agressifs, mais ce sont ces pamphlets eux-mêmes qui l'avaient préparée. Dix. vingt, trente ans et plus, avant leur date d'impression, ils étaient rédigés et agissaient : ceux de Boulanger, Burigny, Fréret, Dumarsais, D'Holbach, Voltaire, Mirabaud et consorts ont couru sous le manteau bien avant que des imprimeurs audacieux se fussent hasardés à les publier'. Moyennant un louis, ou môme un écu, on pouvait saNOurer ces dangereuses friandises -. Rousseau lui-même avait des facilités et des tentations spéciales, puisque c'était son métier d'être copiste, copiste de livres, comme de musique ^ Nous savons ainsi qu'il avait copié le Despotisme oriental de Boulangera qu'il possédait dans sa bibliothèque le manuscrit de l'Examen de la religion-', et qu'il lisait déjà la l.etlre de Thrasybule à Lencippe quand il rédigeait encore des l)rouillons fragmentaires » à placer dans le Traité de l'éducation'' ». Je croirais très vrais(Mnblal)l(' qu'il a pu lire de
1. Cf., sur ce sujet, les deu.x remaniuablcs arlicles de M. I^anson [(il 9], qui ont renouvelé •< l'iiisloire de l'esprit philosophique en France avant IT.'iO ».
2. Cf. Berruyer, Hislnirc du peuple de Dieu [282J, I, p. 04-0."), et le texte de l'abbé de Lignac que j'ai cité dans mon édition de la l'rofessioii 1471, 065.
3. Cf.. dans la corrcspondanfC de llousseau ;13;, doux lellrcs du marquis do Saint-Simon, des 20 juillet et 24 décembre 1700. jiour lui itommander des copies de livres.
4. (i. Bri/ard, \otcs sur Ih nisseau [liO], 220; cf. mon édition de la J^rofession [il], "ûO.
")'. Cf. mon édition de la Profession [il], 540, 562-563. 0. Cf. les extraits de Fréret, pris dans son cahier de brouillons fO , 32'"-34'".
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nirino. (]ucl(|iios années avant leur publication, le Teslaincnl de Meslier, le Christianisme dévoilé, le Militaire philosophe, les Examens de Burigny ou de Dumarsais'. Et ce n'est pas seulement sur l'un d'eux qu'il aurait pu écrire : .'< à réfuter 2 ». Toute cette littérature bassement et grossièrement antichrétienne devait répugner à son àme, malgré tout, croyante.
Même s'il avait partagé les animosités des Voltaire et des D'Holbach, il n'aurait pu prendre leur ton : « Je n'ai jamais aimé les disputes brutales à la Voltaire », disait-iP. Mais c'était sur le fond même qu'il se séparait d'eux, sinon intellectuellement, du moins sentimentalement. Quand le Dictionnaire philosophique paraîtra, il écrira à Du Peyrou : « L'auteur est presque toujours de mauvaise foi dans ses extraits de l'Écriture; il raisonne souvent fort mal; et l'air de ridicule et de mépris qu'il jette sur des sentiments respectés des hommes, rejaillissant sur les hommes mêmes, me paraît un oulrage fait à la société* ». Ce n'est pas Rousseau qui lui « l'era cet outrage >■ ; et ^ les sentiments respectés des hommes » trouveront en lui un défenseur et un interprète. Ce n'est pas lui qui s'associerait aux jugements tranchants de « 1 orgueilleuse philosophie ou de l'aveugle esprit de parti », qui s'obstinerait à ne voir que « d'heureux imposteurs » dans les grandes àmcsqui ont soulevé les foules religieuses-^ : « Ils se sont dits les envoyés de Dieu; cela peut être et n'être pas....; mais, quand cela ne serait pas, il ne faut point les traiter si légèrement d'imposteurs. Qui
1. Pour le Sermon des cinquante, il ne semble l'avoir lu qu'après la Profession de foi. Moultou lui en parle dans sa lettre du 21 août 1762 [27], I, 56; mais, en décembre 1703, Rousseau aflinne encore iv Mme de B[eaugrand], XI, 101, <■ qu'il n'a nK'-me jamais vu » le Sermon. La V^ Lettre de la montagne, 111, 197, montre assez que, ijuelques mois plus tard, il l'avait ■■ vu » et lu.
2. C'est ce qu'il avait écrit au dos de l'Crame» de la religion : cf. mon édition de ]& Profession [47], o40.