‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 123 sur 386 · Do;^>m;st'[410], II · texte numérisé non relu

Do;^>m;st'[410], II

C'est ainsi, semble-t-il, qu'un grand nombre de rousseauistes se comportent dans la vie quotidienne : ils sont peut-être moins accessibles à l'attendrissement que Bernardin ou Loaisel, mais ils acceptent volontiers les règles de conduite pratiqué que le Vicaire a fixées : « observer les formes nationales », « respecter le culte prescrit par les lois ' I'. Beaurieu peuple son a île de la paix » « d'élèves de la nature », formés suivant les méthodes de Jean- Jacques : lui aussi, il fait bénir leurs amours aux pieds des autels, devant le prêtre qui représente le « Père des hommes » :^t les enfants, qui naîtront de ces mariages consacrés, seront « élevés selon la nature, selon la religion, selon les lois de la société, toutes choses ciu'on peut concilier- ». Mably conseille pareillement, à ceux qui acceptent sa « législation », d'accepter la religion traditionnelle : (' Ouand elle serait aussi fausse que toutes les autres, n'est-il pas vrai que, dans la situation actuelle des choses, c'est presque la seule règle de morale qu'aient la plupart des hommes, et que, si elle leur manque, ils ne connaîtront plus aucun frein »? Faisons donc comme ce Socrate, que les déistes nous vantent tant, et sachons respecter « la religion publique^ ». Delisle de Sales, luimême, déclare qu'il ne veut pas détruii'ç la « superstition », mais seulement l'épurer; et, malgré toutes ses réserves sur les dogmes, il reste, comme « Français », — du moins, il l'assure — « dévoué à la religion de ses pères * ».

De cette course rapide à travers quelques textes significatifs du xviir^ siècle sentimental, on est en droit de conclure, semble-t-il, que, sous l'inlluence de Rousseau, dans les milieux littéraires et même philosophiques, il y a. aux

1. Lettre à M. de Beaumont, III, 91; Profession de foi [47], 429.

2. Élève de la nature [325], III, 219-222, II, 1.58 .3. De la législation [383], 361-362.

i. Philosophie de la nature [363 A], III. p. m l't vi.

approches de la Révolution, une lassitude de la « philosophie ». C'est le cri universel : le « philosophisme est aux abois »; » dans Tesprit des gens sensés et raisonnables, les philosophes sont tombés dans un grand discrédit et une sorte de mépris »; ils sont à la l'ois (c décriés » et « avilis ' ». C'est une constatation d'adversaire, je le veux bien; mais il est certain que Jean-Jacques a rompu le charme : même parmi les incroyants, il a rendu impossible une certaine littérature << philosophiste ». Beaucoup de 'X philosophes » ont été « touchés du Rousseau ». Après l'éloge de « la sainteté de l'Évangile », après la messe du Vicaire Savoyard, ils sentent bien qu'ils ne peuvent plus parler de Jésus et de la messe comme si Voltaire seul en avait parlé. Des hommes tels que Delisle de Sales, Brissot ou Mercier, qui auraient été, peut-être, sans Jean-Jacques, de simples encyclopédistes, des (c philosophes » à la Diderot, ne se font plus gloire de détester le christiasnisme et « l'abominable croix- ». Personne, pas même Jean-Jacques, malgré la dernière note de la Profession, ne voudrait prendre la défense du vrai fanatisme et de la superstition; mais, grâce à lui, on comprend maintenant la grandeur de certaines exaltations religieuses et la bienfaisance sociale de la foi sincère. Les ironies purement vollairiennes contre les prêtres et contre la Bible ont, pour la plupart, cessé. « Il n'y a rien qui annonce un plus mauvais ton, écrit Mercier en 1782, que de vouloir railler un prêtre dans une société' ». Les gens de lettres à la mode seraient plutôt tentés de regarder les curés comme des confrères plus hum-

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