Religion de Vhonnètc homme
4. Cf. Journal lielvéticiue [58 R], n"' de juin et jqillet 1768, I, 680. II, 210, juin 1769, I, 670-680, avril 1770, 1, 488, etc.
sa mésestime; en 176G, il j)uljlie la troisième édition de ses Lettres critiques, y remplace une note, jadis très admirative pour « le citoyen de Genève », par un tableau ironique de ses « contradictions », et; pour grossir son second volume, le termine par des Observations très aigres sur celui qu'il appelle, non sans dédain, « un fameux humoriste' ». Dans la chaire genevoise aussi, on l'ait durement la leçon au « philosophe superbe» qui a nié la révélation 2. Neuf ans après VÉmile, Jacob Vernes écrivait cette Confidence philosophique, plus coupable, à mon avis, que la Déclaration inconsciemment erronée de Rousseau ^, parce que je croij'ais impossible que Vernes n'eût pas senti le mensonge qu'il y commettait. Dans ce pamphlet, qui voulait paraître dégagé et se parer de grâces voltairiennes, Tancien ami de Jean-Jacques confondait la Profession de foi du Vicaire Savoyard parmi les tracts les plus philosophistes, le Christianisme dévoilé ou le Système de la nature ; conduisait cliez un « philosophe » un jeune homme encore ligoté dans « les entraves de la superstition « et les« tristes préjugés » de la morale, le faisait déniaiser par ce « philosophe », en sorte que le jeune homme, bientôt sans foi, sans principe, fît mourir son père de chagrin, s'égayât de cette mort, séduisît la femme de son bienfaiteur, ne s'effarouchât d'aucun crime; — et ce « philosophe », auquel revenait la paternité de toute cette perversion, auquel son disciple libertin venait confier, comme à un camarade, ses progrès dans la « philosophie » pratique, Vernes lui faisait tenir les propos textuels du Vicaire Savoyard *. C'était dénoncer Rousseau — Rousseau encore vivant et toléré à Paris — comme une espèce de pirate sans religion, contre qui la vieille société chrétienne devait se défendre par tous moyens. Une fois de plus, et avec un cynisme qui perdait
1. Cf. Lettres critiques [318 A], 111, fi et [318 B], 200-201, II, 291-302.
2. Cf. Romillv, De la nécessité de la révélalion [398], I, 214-213, 223.