Déclaration relative au pasteur Vernes, IX
2. Cf., par exem'ple, Année littéraire de 1771 [59 B], IV, 194-209. II eut trois éditions en sept ans, et c'est lui, sans doute, qui donna à l'abbé Gérard l'idée de son Comte de Valmont [382].
croyance importe à la société; laissant, d'ailleurs, à chacun plein pouvoir sur toutes les questions purement spéculatives, qui n'iniluont en rien sur les mœurs, quelle que soit la manière dont on les envisage; — qu'elles enjoii;nissent aux ecclésiastiques, de prendre les arlicles fondamentaux et les vertus sociales pour sujets les plus ordinaires de leurs sermons; et d'écarter de la chaire tout ce qui fait grimacer la raison; tout ce qui reste un peu plus inintelligible après de grands elTorts pour le faire comprendre; tout ce qui n'oHre à l'esprit, en Tentravant, que de sublimes énigmes, dont on ne peut lui donner le mot; tout ce qui, à cause du ridicule mérite de iincoinpréhensibilité, peut être imbécilement regardé comme suppléant aux œuvres de justice et de bienfaisance. Je le remar- <|uerai en passant. Si Luther et Calvin avaient complété la purification de l'Évangile, ils auraient coupé une des plus vigoureuses racines d'incrédulité. Quand paraitra-t-il des hommes assez éclairés, assez courageux, assez amis du christianisme, pour le ramener à la belle simplicité primitive? J'ose dire que leur succès serait le triomphe de l'Évangile K
Otez au petit credo qu'il nous propose deux ou trois mots de style pastoral, qui, d'ailleurs, sont vides de dogmes précis : il reste un christianisme auquel Jean- Jacques peut souscrire; un christianisme pratique, pour qui la Réforme elle-même n'est que la première étape dans ralïranchissemcnt spirituel; une religion de la conscience, qui ne demande à Jésus qu'un modèle d'humanité; une belle « espérance », qui peut être « illusoire », mais dont « l'erreur » même serait encore une « chère erreur », un « mensonge préférable à la triste vérité- ». C'est ce même credo sommaire qu'il avait inséré dans son Catéchisme, en exhortant ses jeunes lecteurs « à se tenir collé à ces vérités capitales, et à écarter toutes les questions purement spéculatives dont on a chargé l'Évangile ' ». Dans ce Catéchisme calviniste, où le dogme du péché originel reste inconnu,
1. Confidence philosophique [379], 254-257. C'est 'Vernes qui a s ouligné 2. /d., 2",0-281.
3. Catéchisme [331], 56. Le texte est le même dans le Catéchisme et dans la Confidence philosophique.
OÙ, pour définir « sa foi en Jésus-Christ », il disait que « Jésus a surpassé de beaucoup les prophètes par sa divine origine, par sa parfaite sainteté, par la grandeur de son emploi et par l'autorité dont Dieu l'a revêtu ' », il présentait, sous une forme plus didactique et plus scolaire, des idées presque aussi sociniennes que celles de Jean- Jacques. MoLiltou le lui faisait remarquer dès 1763 : « Le christianisme de votre Catéchisme, lui disait-il, n'était pas celui de M. Osterwald - ».
L'apologétique de Vernes était, comme celle de Jean- Jacc|ues, une apologétique de la religion « par sa beauté, son excellence, son utilité' » ; dans les ouvrages mêmes où il réfutait la Profession de foi et les Letlres de la montagne, ce contradicteur apparaissait plutôt comme un disciple; et telles pages sur Jésus « ami des hommes » et « philosophe par excellence », ou sur les dogmes élémentaires « qui . font partie du pacte social », auraient pu passer pour de méchantes esquisses de Rousseau '*. Mais, nulle part mieux que dans ses sermons, ce pasteur soi disant orthodoxe n'a su faire servir « l'impie » à la plus grande gloire de Dieu, et le dépouiller sans vergogne pour embellir le temple. On se rappelle l'argument du Vicaire Savoyard pour l)rouver l'instinct moral et sa spontanéité : « Pour qui, demande-t-il, vous intéressez-vous sur vos théâtres? Est-ce aux forfaits que vous prenez plaisir! est-ce à leurs auteurs punis que vous donnez des larmes ^ «? Jacob Vernes reprend les questions de Jean-Jacques, s'aperçoit à temiis que la preuve devrait être caduque pour un auditoire genevois, et achève cependant sa paraphrase, non sans l'avoir alourdie d'une prudente parenthèse :