‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 136 sur 386 · Reliifion de ihonnéte homme · texte numérisé non relu

Reliifion de ihonnéte homme

3. Année littéraire [o\) I?], 1771, IV, 211-212, 1763. VU, 56, nole-57. — Ce qui no veut pas dire, bien entendu, que Rousseau ne soit plus malmené dans la feuille de Fréron! Cf., par exemple, le n" du l"aoùt 1786, V, 176, 187, elc. Mais il y a les exigences d'un certain public, qu'un journaliste doit satisfaire. Ce qu'il faut remarquer, c'est que la note n'est plus une, el que les protestations de doctrine sont tempérées par des aveux de sympathie.

aveug-lenient, on plaint ses malheurs; et, en étant touché pour l'auteur, on pardonnerait peut-être à l'ouvrage, si les attentats contre la religion pouvaient se pardonner ;>; mais ces « attentats » ne sont-ils pas surtout des paroles imprudentes, que d'autres paroles rachètent? à regarder vivre Jean-Jacques, on devine que cet homme «charitable, généreux, bienfaisant », dont <( la main a plusieurs fois séché les pleurs du malheureux », et dont « la bourse s'est ouverte à leurs besoins », est un chrétien qui s'ignore, mais qui peut-être ne s'ignorera pas toujours : « il a voulu demeurer dans sa médiocrité, se contentant du pur nécessaire, sobre, tempérant, juste, couchant sur la dure, remlissant tous les devoirs d'un philosophe, autant qu'on peut les remplir, quand on n'est pas chrétien. Plaise à ce Dieu, quilui a dicté un si bel éloge de la morale évangélique, lui inspirer plus de foi pour ses dogmes, et ouvrir ses oreilles à la voix de la grâce et ses yeux à la lumière de la vérité' ». Si celle page est tombée sous les yeux de Jean-Jacques, il a dû savoir gré à l'abbé Chaudon de cette affectueuse estime et de cet espoir discret; ni les docteurs de Sorbonne, ni les théologiens de M. de Beaumont, ni Deforis et autres réfutaleurs impérieux ne Tavaient encore habitué à ce ton 2. Un homme d'Église pourtant, presque au lendemain de VÉinUe, l'avait déjà traité en adversaire qui n'est pas indigne de respect. L'évêque du Puy, Lefranc de Pompignan, dans son Instruction pastorale sur la prétendue philosophie des incrédules modernes, avait mis Jean-Jacqiies à part. 11 n'avait pas caché « l'horreur que lui inspirait sa pensée », mais il avéïil l'ciulu hommage à sa loyauté, à son

1. Dictionnaii-f anliphilosophique [iôO A], 30J-302. On relrouverait le luèiiie luo dans les articles Espj-its forts et Querelles philosophiques [350 B], I, 340-341, II, 2G0-263.

2. La Sorbonne, elle aussi, avait terminé sa.'Ceiisure par ce nirnie vœu de conversion; mais quelle didérence dans l'accent! •■ Que le Scip^neur. disait la Sorbonne [320J. 3.52, ([ui.ne veut point la mort do l'impie, le' guérisse enfin de cette aveugle fureur, de cette vraie sorte de fanatisme avec Icsciuelles il combat la religion clirélienne> et lasse qu'il se convertisse et (lu'il vive >• .

LES DISCIPLES INVOLONTAIRES. i73

Sfénie, à la « prorondour » île sa dialeclique : ses erreurs, disait-il, '< naissent presque toujours du vice de sa cause, l)lut()t que de la manière dont il la soutient* ». Et Jean- .laeques, nous le savons, n'avait pas été insensible à cette admiration, qui se déguisait à peine -. Quelques années plus tard, quand Jean-Georges de Pompignan aura éprouvé, comme son frère, la 'cruauté des ironies voltairiennes ^ il se retournera vers Rousseau avec une sympathie qui s'affirmera davantage : il le remerciera d'avoir démasqué le « philosopliisme moderne )> en de « fortes et naïves peintures », davoir [ osé tant de c maximes soit morales soit dogmatiques » qui sont déjà n trop voisines du ctiristianisme » pour ne pas scandaliser les impies, d'avoir eu le courage d'être « incrédule à visage découvert », de n'avoir pas travesti ses idées sous d'hypocrites protestations, « d'avoir épargné à des oreilles chrétiennes des paroles qu'elles ne peuvent entendre sans horreur », et, dans la perte de la foi, d'avoir sauvé, du moins, « le respect du nom sacré de Jésus-Christ '' ».

Lefranc de Pompignan aura été le premier, si je ne me trompe, à dire ces choses, et à les dire en fort bon termes. A mesure que la philosophie voltairienne et holbachique se montrera plus irrévérencieuse et, plus brutale, un instinctif mouvement de reconnaissance et de justice ramènera davantage les hommes d'Église vers celui qui n'a pas su croire, mais qui a gardé le goût des choses divines et cette tendresse religieuse qui pré'pare la foi. L'intraitable Barruel lui -môme, si peu fait qu'il soit pour les compromissions, saura distinguer les mâles pensées de Rousseau des « imbéciles sophismes de l'impie »; malgré son indignation contre l'auteur du Vicaire Savoyard, il ne

\ . Pldlosopkie des incrédules modernes [336]. I, 198-200, 11, 156-157.

2. Cf. sa lettre à Rey. du 11 mars 1764 [25], 203. et la lettre de Meister à son père, du 30 mai 1704 [43], 156.

3. G{. VInsiruclion pastorale de Vhumble évècjue d'Alélopolis, la Lettre d'un quaker à J. G. Lefranc de Pompignan, etc. [126], XXV, 1-12, etc.

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