‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 137 sur 386 · La religion vengée · texte numérisé non relu

La religion vengée

pourra pas avoir pour lui les mémos yeux que pour Voltaire : dans le contraste entre leurs deux fins, entre « la mort terrible ■<> de Voltaire et la mort, « triste » sans doute, mais « sereine » de Jean-Jacques, il verra comme une sanction de la Providence. 11 rudoie Rousseau, mais il le plaint; il reconnaît en lui une âme qui était faite pour sentir les « attraits de la relii^ion »; « il pleure sur son urne »: et, « en déplorant son sort, il essaie d'oublier ses erreurs' .>. Dans son Comte de Vahnont, qui commence à paraître du vivant de Rousseau, l'abbé Gérard dissimule moins encore sa sympathie. 11 avoue qu'il avait un instant partagé l'espoir de Chaudon, et qu'il escomptait une conversion finale pour cet homme qui « avait tracé de si sages maximes », qui « avait dit tant de choses bonnes et utiles, mieux que qui que ce soit neût pu les dire.... Pourquoi laut-il que 1 egoïque {sic) manie d'avoir son système à part ait enlevé à la vérité le mortel le plus propre à la peindre en traits de feu et à la graver dans tous les cœurs? Nous avions presque espéré qu'il y reviendrait un jour : il eût été, sans doute, une de ses plus belles conquêtes - ». Il ne Ta pas été, mais il a rendu possible d'autres « conquêtes », parce qu'il a préservé les âmes de la contagion « philosophique ». Si la « philosophie » la bassement persécuté, c'est qu'elle a senti en lui un obstacle à sa domination : nul en effet, n'en a mieux montré la vanité, le délire et la malfaisance. Pour le juger équitablement, laisse entendre Tabbé Gérard, il faut toujours se rappeler les hommes avec lesquels il a d"abord fraternisé, et dont il a su se séparer. C'est à côté de Voltaire (lu'il faut le mettre, pour qu'il retrouve nos sympathies : « En comparant Voltaire avec Jean-Jacques, nous ferons voir que, pour Ihonnêteté même, pour le plan de doctrine, pour les principes, malgré ses contradictions, ses paradoxes, ses images quelquefois trop peu chastes, ses écrits dangereux,

i.Helviennes [402], II, 88-101.

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