Le ciel ouvert ù toui riinivcrs
3. Les trois leUres des 1) et 28 février et du i4 mars 1770, XII, 173, 109. 205, sont, en efîet, adressées à l'abbé Maydieu : cf. la minute de la dernière à Neucliàlel [12 B].
tiennent aucune hardiesse de doctrine; et, si Ion peut y reconnaître rinfluence du maître % on ne soupçonnerait pas qu'ils ont été écrits par un disciple aussi dévot. Les Recueils des jeux floraux peuvent témoigner encore que la muse ecclésiastique ne l'ut point insensible aux « grâces touchantes » de Julie ou à la « vertu » d'Emile; et les archives de l'académie toulousaine nous ont gardé le nom de tous les prêtres qui concoururent si volontiers pour reloge de Jean-Jacques. Lun d'eux, l'abbé Sicard, n'a même pas craint de choisir, pour (t sentence » de son élégie, le mot inaugural des Confessions : « que quelqu'un dise, s'il l'ose, je lus meilleur que cet homme-là >■>. Je veux bien que, presque toujours, ces abbés et religieux académiques prennent soin de nous avertir, dans des notes préliminaires ou de prudents posl-scriptums, « qu'ils parlent en poètes et non en théologiens » : je soupçonne pourtant le P. Venance, capucin, et h» P. Sermet, petit carme, et l'abbé Tréneule et l'abbé Castan de la Courtade, et tous ces « amants de la simple nature », de ne pas avoir été des « théologiens » très farouches 2. Quand paraîtront les Études de la nature, Paul et Virginie, et même la très déiste Chaumière indienne, noml)reux seront les prêtres qui écriront à Bernardin, pour le remercier des émotions salu-
1. Cf., par exemple, dans Vllonnêle koinnit'. [404], J, 234-244 et 257-266, la profession de foi du menuisier Gottesman, « l'tionnéte tiornme » : « J'ai l'évidence, le sentiment intime de la nécessité de cette soumission que je leur dois [aux mystères du christianisme]... parce que ces vérités inintelligibles |)our l'homme étaient essentiellement liées à d'autres vérités, à sa portée, qui devaient être la règle de ses jugements, de ses désirs et de ses actions ». Sa « vertueuse Portugaise », « modèle des femmes chrétiennes », est encore une prêcheuse édifiante [SQ?'''"].
2. On trouvera, sur ce sujet, les principaux loxlos rassemblés dans l'étude de P. J. MonbrHn, Les jeux Jloraiix et J. J. Rousseau [625], notamment p. 314, 316, 317, 322. Il convient cependant de rappeler, comme manifestation oppoï^ée, qu'à l'académie de la Itochelle, les occlésiasticiues, « pour ne point se rendre complices d'un jugement, qui leur paraissait blesser la religion et lés mœurs », se retirèrent quand on couronna VÉloge de Rousseau par Duvigneau [424] : cf. Année littéraire de 1786 [59 B], V, 187-188.
La relipion de J. J. Rousseau. — III. 12
laires qu'ils lui doivent '. wScrait-il téméraire de croire que ces mêmes prêtres sont des lecteurs de Jean-Jacques, lecteurs parfois scandalisés, peut-être même révoltés d'abord, mais finalement conquis? C'est à eux, j'imagine, que pensait Bernardin, quand il écrit dans ses notes sur la vie de son maître : « Rousseau raffermit le doute du prêtre vertueux et tremblant... Dignes prêtres, qui portez le faix du travail dans vos âpres travaux, qu'il a consolés et dont il a ranimé la foi-... )>. Ces derniers mots peuvent paraître une impertinence. On en est moins sur, lorsqu'on a étudié quelques-uns des textes où se manifeste l'esprit nouveau du clergé français, entre 1770 et la Révolution.
11 ne saurait être ici question de présenter des généralisations imprudentes sur les soixante-mille curés et vicaires de France, et sur les trop nombreux moines qui encombrent les abbayes de l'ancien régime. Quand bien même le dépouillement des archives diocésaines permettrait de reconstituer par le menu toute la vie paroissiale d'alors, ce ne sont pas des pièces d'archives qui pourraient nous faire pénétrer au fond des consciences. Nous en sommes réduits aux quelqu.es conjectures vraisemblables que peuvent autoriser les documents littéraires. Parmi ces quelque cent mille serviteurs de l'autel, — qu'il y eut des « vicaires savoyards ^), c'est-à-dire des prêtres, intellectuellement conquis au rationalisme, mais restant dans l'Kglise, moitié par politicpie, moitié par fidélité sentimentale, personne, j(! crois, ne voudi'ait le nier. Si; chez les bénédic tins de Poitiers, on peut trouver des esprits vigoureux, dont aucun dogme ne retient [)lus l'audace d'affranchissement, comme ce dom Deschamps, dont la philosophie
1. Cf. les lexU-s ciU's par M. Snurinu, Bernardin 'h Sninl-Pierrc [380], 218-219, 2i.5, 2G2.