J. J. Rounsi'uii :i.:i4j, 9, ISU
prolonge Sitiiio/.a et annonce Hegel ', nous ne serons i)as surpris que la Ihéologie du Vicaire Savoyard puisse faire des recrues dans un pareil n)ilieu. Quand on voit, sur deux listes de souscription à l'Encyclopédie qui circulent en Dordogne, vingt-quatre curés parmi les quarante souscripteurs -, quoi d'étonnant, si, sur ces vingt-quatre « philosophes », il s'est rencontré quelques « vicaires savoyards »? On connaît Tabbé Dumont, ce curé de Bussières, qui a servi de prototype à Jocelyn : s"il n'a pas été « jeté » dans le sacerdoce, comme le croyait Lamartine, « la veille môme du jour où le sacerdoce allait être ruiné en France », s'il ne fut prêtre qu'après la Révolution, il peut nous aider pourtant à connaître ces prêtres de l'ancien régime, qui ne croyaient plus guère aux miracles, et qui se bornaient à c< la religion du cœur », car c'est déjà dans une cure de village, où il trouvait à la fois sa mère et son père, qu'il apprit à lire Raynal, Voltaire et Rousseau ^ Il pourra être plus tard un lecteur enthousiaste du Génie du christianisme;, cependant" les mystères du christianisme qu'il accomplissait par honneur et par conformité avec son état ne lui semblaient guère qu'un rituel sans conséquence, un code de morale illustré de dogmes symboliques et de pratiques traditionnelles, qui n'empiétaient en rien sur son indépendance d'esprit et sur sa raison. C'était la langue du sanctuaire dans laquelle il parlait de Dieu à un peuple enfant, disait-il. Mais, rentré chez lui, il en parlait dans la langue de Platon, de Cicéron et de Rousseau ^ ».
1. Il ne faut pas juger de la philosophie de dom Deschauips par les écrits exolériques qu'il a fait imprimer : cf. notamment les Lellres sur Vespril du siècle [300], 23-24, où il reproche à Rousseau de se borner au théisme, et de ne sentir que « jusqu'à un certain point, la nécessité » de la religion. Cf. son « yrai S3Stème » exposé dans le livre d'E. Beaussire [28].
2. Cf. R. de Boysson, Le clergé périgourdin pendant la persécution révolutionnaire, Paris, Picard, 1907, in-8, p. 49.
3. Cf. Confidences, V, édit. Hachette, Paris, 1907, in-16, p. 96-97; et lesrectilicalionsou faits nouveaux apportés par P. de Lacretelle, Les origines et la jeunesse de Lamartine, Paris, Hachette, 191 1. in-16, p. 148-164.