‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 143 sur 386 · Id · texte numérisé non relu

Id

LES DISCIPLES INVOLO.NTAIRES. 181

Comme lui, il « travaille à démolir le mauvais édifice de la siiporstition », pour y substituer le pur Evangile, a Mon but est (le réunir tous les hommes sous l'étendard de la vérité, de rapprocher toutes les branches éparses du tronc, de renfermer tous les chrétiens et tous les hommes dans la môme cité ». Plus agressif que le Vicaire, plus décidé dans ses négations, dom Louis s'indigne contre <( les fables cléricales » dont les prêtres ont défiguré l'Évangile; il « délniit l'en fer » avec une conviction que le Vicaire n'avait pas, ou ne voulait pas avoir, mais il garde aussi en la vertu rédemptrice de Jésus une foi que le Vicaire semblait avoir perdue : tous les hommes seront « sauvés », et sauvés par le sang du Christ. Pourtant, plus fortes encore que les raisons théologiques, sont les raisons du cœur. « Ames Justes, cœurs sensibles, hommes éclairés, si vous ne voyez que la vérité, si vous n'écoutez qu'elle,... si vous méprisez les opinions des hommes, si vous n'aimez que l'Évangile, que la vie aura de charmes pour vous!... Voici la vérité : l'enfer n'est que dans votre imagination trompée.... Ne craignez que vos erreurs; la vie est un bienfait : la mort n'est pas un mal :

Qui s'endort dans le sein d'un père Ne doit point craindre ie réveil i ».

Et ces deux vers de la Nouvelle Héloïse sont, pour dom Louis, l'argument décisif.

1. Le cld ouvert [410], 133, 135, 1.39-147. Je dis ■< deux vers », parce que dom Louis découpe en « vers » la phrase de Rousseau, ou plutôt il emprunte cette formule, qu'il reprend deux fois dans son livre (p. 142 et 147), à une paraphrase rimée, dont il cite les vers suivants:

Charmante Eglé, Bannissez loin de vous cette crainte éphémère. Livrez-vous aux douceurs d'un paisible sommeil. Qui s'endort dans le sein d'un père.

Ne doit pas craindre le réveil.

L'abbé Dourmeau {sic) après .J. J. (sic).

J'avais cru que dom Louis devait faire allusion au poème de l'abbé Dourneau, L'immortalité de l'âme r409\ qui paraît précisément en

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Mais, quand eùcorc nous pourrions connaître davantage les Duniont et les Louis du xvin° siècle finissant, ce n'est pas à eux surtout que je voudrais m'attacher. Sous la soutane et le froc, ils ne sortt guère que des « philosophes » à la Delisle de Sales ou à la Marniontel, souvent même plus violents, parce que la contrainte les exaspère. L'historien des idées s'intéressera davantage à ces prêtres sans défaillan<îe, qui, tout en restant dans les limites de l'orthodoxie, et sans vouloir suivre Jean-Jacques jusqu'au bout, subissent néanmoins sa séduction, et changent, à son contact, sinon de foi, du moins de méthode pour sauvegarder ou raviver leur foi.

A tous ces prêtres en quête dune apologétique rajeunie, Jean-Jacques a d'abord offert cet argument un peu gros, mais si propre aux développements oratoires : le spectacle de ses « contradictions ». Toutes les attaques du Vicaire, constatera l'abbé Baudisson, se trouvent, en quelque sorte, neutralisées par ses « aveux » ou ses « hommages ». Il n'a rien dit contre la révélation qui ne puisse, semble-t-il, être « réfuté par lui-même »; et Barruel, après Bergier, s'amuse à ranger sur deux colonnes les thèses contradictoires de Jean-Jacques *. Mais de se ruiner soi-même n'eût été qu'un médiocre service pour la cause chrétienne. Il a ruiné les (( philosophes ». Initiiim sapientise timor philosophoruin, disent alors les apologistes chrétiens-. Jean-Jacques a contribué plus que personne, à les rendre redoutables et haïssables.

1782. Mais les vers cités par dom I.ouis ne s'y trouvent pas. — Le texte exact dp la .Yo:av,'i/e Ilclo'isc (VI, xi), V, 57, est le suivant. " Qui s'endort dans le sein d un père n'est pas en souci du réveil •■. — Il est intéressant de constater que, dans cette phrase, des lecteurs du xvui'' siècle ont su reconnaître les vers cachés. C'est un exemple à joindre à ceux que j'ai cités dans mon article Contribution à l'élude de la proxc métrique dans la « Nouvelle Iléloïse ■• [84], V, 259-271.

1. Baudisson, Union du christianisme, avec la philosophie [428'''"!, 340. Cr. le livre de Bergier [340'"], et, dans les Helviennes [402], II, 75-90, 111, 193 et suiv., V, 330-333: cf. encore Caraccioli, Religion de l'honnête /lomme [347], 173-174; Genlis, Religion base du bonheur [432], 353, et xxv-xxvi; .Wnio/res [144], VI, 103-10(1: etc.

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