‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 15 sur 386 · Profession [47], 38 i et note · texte numérisé non relu

Profession [47], 38 i et note

.3. Il a même renoncé à un petit développement sur les prophéties, que lui avait suggéré V Examen de la religion, et qui, sans doute, avait d'abord été destiné à la Profession : cf., aux Appendices de mon édition [47], 507

24 ROUSSEAU ET LA RESTAUnATION RELIGIEUSE.

bibliques en contradiction avec eux-mêmes, d'aligner plaisamment des citations tronquées, transposées en langage de la halle, et de jeter ainsi <c un air de ridicule et de mépris » sur des livres qui, à tout prendre, restent sacrés ou, du moins, vénérables. D'ailleurs, — et c'est ici une nouvelle manifestation de cette indifférence pour l'histoire, que nous avons si souvent remarquée, — l'aspect historique du problème biblique et chrétien ne le trouble ni même ne l'intéresse. Il peut faire sonner très haut les exigences de l'érudition, mais c'est précisément pour refuser de s'y soumettre, pour prouver une fois de plus que la révélation ne saurait être indispensable, puisqu'elle exigerait une si difficile enquête, et que la vraie religion ne saurait dépendre ni de l'histoire ni d'aucune science. Ouant ;'i lui, son jugement sur le christianisme demeure indé|)endant de ce que la critique et l'exégèse peuvent nous apprendre sur les circonstances de sa formation et sur la réalité de ses débuts historiques. C'est, pour lui, un problème tout sentimental, que le sentiment seul est ap[)elé à résoudre.

S'il est, au contraire, un besoin intellectuel qui caractérise ces « philosophistes » antichrétiens auxquels Rousseau s'oppose, c'est qu'ils ont, ou ((u'ils veulent tous avoir, l'esprit historique 1. Disciples plus ou moins conscients et reconnaissants de Bayle -, c'est dans l'histoire qu'ils veulent juger le christianisme, et c'est par des faits d'his-

1. l'ourlant l'aulcur du Militaire philosophe [356], 47, veut se maintenir dans les vérités d'évidence, et « fonder sur ces vérités une chaîne de raisonnements », en « s'abstenanl toujours d'entrer dans la dis cussiondos faits » ; mais, s'il ne veut pas discuter sur lc.-i oripines du christianisme, il n'ignore pas son histoire: et ce sont les consé- (|uences de cette histoire qui lui dictent ses sentiments. Dans l'ensemble néanmoins, son livre est plus philosophiciue que critique.

2. Cf., dans l'arlicle de 1). Mornet, les Enseifjneincnts des bibliothè- >iurs privées (l7r,(J-1780) [83], X'VIII, 4i9, 49(i, les chiffres ([ui démon- Ircnt celte inducnce de Bayle. Dans les catalogues do ces bililiolhc- ([ues, ce sont les quatre in-folios du Dictionnaire i\g llayle ijui arrivent en tôte de liste (288 fois), comme le symbole de la discipline liistori(iue et rrilique (jui a formé les menlalités du xvni" siècle.

SIGNIFICATION IllSTOUtOn.: liK LA « PROFESSION ItE FOI ». 25

toire qu'ils espèrent le détruire, c On dit souvent, pour relever l'excellence des sciences exactes, écrivait, dès IT'ôl, l'abbé du Resnel, que ce sont elles qui ont introduit dans le monde Vespril philosophique, ce flambeau précieux, à la faveur duquel nous savons douter et croire à propos; mais ce qu'on attribue aux sciences exclusivement pourrait bien être l'ouvrage de la critique », c'est-à-dire de l'histoire*. Plus audacieuse que l'histoire naturelle, plus affirmative et plus sûre d'elle-même, plus malaisée à éluder, c'est, en effet, l'histoire tout court qui a fourni aux encyclopédistes les raisons décisives de n'être plus chrétiens : la « philosophie » des « philosophistes » est beaucoup plus historique que proprement « scientifique ». Ils l'ont eux-mêmes senti. « Si vous remarquez, disait Boulanger, que le mépris et le ridicule, où le progrès des études a fait tomber depuis un siècle toutes les légendes de nos églises et de nos saints, a été le premier coup qu'a reçu la religion ou la superstition chrétienne, vous jugerez aisément par là de quelle importance il est de débrouiller de plus en plus les faits généraux de l'histoire du genre humain, et de conduire les hommes à reconnaître d'eux-mêmes, par le simple développement des événements, tout ce qui leur a été jusqu'ici donné, par une succession continue' et non interrompue d'erreurs humaines, d'impostures sacerdotales et de sottises populaires - •). C'est parce que Rousseau se refuse à cette critique d'historien, parce qu'il n'en sent même pas l'utilité, que son attitude en face du chritianisme peut continuer à être une attitude d'affection et de respect. Son argumentation de i)rincipes, qui ne prend corps dans aucune objection précise, ne laisse non plus dans la mémoire aucune ilifficulté gênante, et permettra aux disciples du Vicaire, comme elle l'a permis à Jean-Jacques lui-même, d'arriver

1. Réflexions sur ViilUilê des belles-lettres [54], XVI, 23 ; cf. les remarques et les faits que j'ai présentés à l'occasion du livre de M. .Mornct sur les Sciences de la nature au X Ville siècle [83], XI.\, 947-U48.

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