‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 16 sur 386 · Despotisme orientai [315], p. xxviuxxix · texte numérisé non relu

Despotisme orientai [315], p. xxviuxxix

devant la Bible et l'Évangile avec un cœur intact, qni |jourra en écouter tous les ajipels, et s'abandonner sans malaise à tous les souvenirs d'une éducation chrétienne.

Ces âmes sentimentales, qui se refusent à la critique historique, peuvent être théoriquement inci'oyantcs : elles ne le sont plus, quand elles se retrouvent devant la Bible et devant Jésus. Elles ne savent pas les regarder avec un œil indifférent : pour elles, la Bible reste un livre à part, et l'histoire que ce livre raconte est aussi une histoire à part, une histoire privilégiée. Parler du peuple d'Israël comme l'auteur du chapitre des Juifs, ou de la Bible enfin expliquée par les aumôniers du roi de Pologne, serait pour elles une monstruosité morale '. La Bible, disait Voltaire, n'est qu'un tissu d'extravagances, de [)uérilités et d'obscénités. (( Il est impossible, répond Rousseau, d'imaginer un langage plus modeste que celui de la Bible - »; la Bible est un grand, un émouvant livi-e, un livre unique : « la majesté des Écritures m'étonne, la sainteté de l'Évangile parle à mon cœur »; c'est un argument « auquel je n'ai rien à répondre », auquel « j'aurais même regret de trouver quelque bonne réponse ■' ». Et, en effet, il ne la trouve pas. Rendu par ces arguments du cœur au téte-àtète avec Jésus dans l'intimité de la conscience, Jean- Jacques reprend, comme d'instinct, toutes ses admirations et toutes ses tendresses de croyant; et lui, qui, naguère encore, dans les princi[)es généraux de sa critique religieuse, se sentait en plein accord avec, les « philosol)histes » de sa génération, le voici maintenant qui se retourne contre toutes leurs thèses pour les nier durement. Non, Jésus — ce Jésus qu'il n'ose pas iippeler <( le P'ils de

1. J'ivi déjà signait' co respect de .leari-.Iaccines dcvanl le <• miracle juif >.. A la fa(;ori môme dont il parle des Juifs dans la Profession, a la sympathie inaltcndue qu'il leur témoigne, on sent chez lui le désir de prolester conlrc les conceplions de Voltaire : cf. dans mon édition [471, la note 1 des p. 375-379.

2. IV" livre d'iimik; U, 297 : cf. [324], 282, l'ironie amusée do Voltaire en face de cette affirmation.

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