‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 152 sur 386 · Théorie de l'éducation · texte numérisé non relu

Théorie de l'éducation

rincertitude. Le doute sur ces choses est un état trop violent pour lesprit humain. Il faut qu'il se décide. La raison des philosophes ne nous donnera i)as ces certitudes pratiques que nous réclamons : ses principes ne feront que nous égarer dans la vanité des systèmes. Il faut s'en remettre au cœur, au sentiment, à l'instinct divin de la conscience. S'ils nous trompent, ils nous trompent, du moins, conformément à notre nature; et cette erreur serait encore la vérité pratique, puisqu'elle correspondrait à nos besoins. Il y a quelque chose, en effet, qui démontre la vérité, c'est son utilité. L'utilité de la religion, voilà la meilleure de toutes les apologétiques, et celle précisément qui reste à faire.

Toute cette dialectique sentimentale se prête merveilleusement à féloquence de la chaire, aux effusions des moralistes et des pieux poètes : ils n'y failliront point; ils invoqueront avec émotion « l'utile vérité ^ », et mettront les arguments de JeaivJacques au service de la religion traditionnelle. Je dis « les arguments de Jean-Jacques », quoiqu'ils ne lui appartiennent pas en propre : j'ai essayé de montrer — et je vais encore en apporter de nouveaux témoignages — la complicité de tout le siècle dans la formation de cette nouvelle dialectique; mais l'éloquence de Jean-Jacques en a rendu les principes populaires et contagieux. Un esprit aussi traditionaliste que l'auteur des Cacouacs, aussi confiant dans l'armature intellectuelle de sa foi, se laissera lui-même, sur le tard, entamer par eux. Il écrira en 1785 un Essai sur les bornes des connaissances humaines, qui conservera au christianisme l'essentiel de sa démonsti-ation rationnelle, mais qui dénoncera « l'abus de la raison dans les choses de la foi ». Dans cet ouvrage, où « il a cru réunir des vérités utiles », il pourra répudier le Vicaire Savoyard, il en sera pourtant le débiteur; et ce croyant très strict n'aurait pas osé s'élever contre la « vanité » et la « domination des théologiens », si Jean-

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