Dourneau, Immortalité de Vâme
La religion de J. J. Rousseau. — III. 13
Jacques n'avait familiarisé le public avec un idéal Je vérité persuasive'.
Sur les âmes sensibles, reniprise sera beaucoup plus forte. Les prêtres qui auront besoin pour eux et pour leur troupeau d'une religion simple, consolante, propice à la vertu et douce au malheur, suivront le Vicaire sur le chemin qu'il trace à la croyance. Eux aussi, ils déclareront que « l'état de doute absolu est trop violent pour leur âme et n'est point fait pour eux- », et que la raison leur paraît, pour en sortir, un guide trop incertain. « Oue m'imporle une raison, s'écrie l'abbé de Beauvais, qui ne servirait qu'à me tourmenter! Le bonheur, voilà le vœu suprême du cœur humain^ ». Ce vœu du cœur humain est à lui seul une preuve. La théologie, que nous allons voir se fonder, s'intitulera elle-même « théologie expérimentale », parce qu'elle prendra ses preuves dans les expériences du cœur. a Ses démonstrations ne seront plus scolastiques ni contentieuses;... elles offriront presque toujours la douceur et la véhémence du pathétique ». C'est notre propre conscience qui viendra témoigner de la religion : <( Que peut opposer le philosophe moderne, dira le P. Fidèle, à cet argument de notre théologie'expérimentale '^ »'> Déjà quelques années avant ÏÉmile, dans un discours à l'académie française, qui avait fait quelque bruit S l'abbé de Boismonl avait pressenti cette méthode, et ava|t tracé le programme d'un nouvel « art de persuader », que Rousseau allait reprendre et consacrer. « La raison seule, disait-il, trahie tristement après elle les principes et les conséquences; c'est à l'imagination à les arracher, pour ainsi dire, de l'esprit où elles languissent sans mouvement et sans vie, pour les reproduire jusqu'au fond du cœur, et intéresser le sentiment à
1. Essai sur les bornes des connaissances humaines [422], Avertisscmenls de l'éditeur et de l'auteur (non paginés) : cf. aussi p. 11, 58, 96, 100-101.