‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 156 sur 386 · Les droits de la religion [333], I, p. Vii · texte numérisé non relu

Les droits de la religion [333], I, p. Vii

3. Cf. Boulogne, /«'■ Sermon sur Vincréduliié [95], I, 316-317. L'abbé de Boismontsera plus modeste, et se contentera de prouver qu'il n'y il pas de « danger » à recevoir la révélation : cf. Sermon du 13 mars 1782 [406], 29.

de l'erreur salutaire. Jamais les orateurs et la chaire française ne se sont faits plus lyriques que pour l'affirmer : « Non, mon Dieu, dit l'abbé Bellet, l'incrédule ne me (lira plus rien qui puisse m'ébranler. Il m'en coûterait trop d'adopter ses doutes et ses incertitudes; mon esprit y perdrait sa tranquillité, et mon cœur toutes ses consolations. Ou'ai-je à faire d'un système, qui, en me dégradant, me laisserait sans pilote et sans gouvernail sur la mer orageuse de ce monde?... Si je me trompe en croyant que la religion chrétienne est votre ouvrage, c'est une erreur où m'entraînent nécessairement les caractères intéressants de toute espèce qui la distinguent, et qu'elle n'a pu recevoir que de vous ». <( Quand même, dit l'abbé Boulogne, il serait vrai que l'avenir n'est qu'un songe, c'est un songe qui nous console, c'est une erreur qui nous est chère ; et malheur au barbare qui se fait un jeu cruel de nous réveiller ' » ! Je sais bien que Boulogne et Bellet s'abritent sous des autorités considérables; mais qui ne sent que Bichard de Saint-Victor ou saint Ambroise ne sont pour eux, si l'on ose dire, que des paravents théologiques? Au reste, l'abbé Jacquin prend le raisonnement tout entier à son compte -; et l'abbé Lamourette le répète avec une telle insistance, qu'on peut se demander s'il est plus convaincu de la bienfaisance de l'erreur ou de l'erreur même : « Quant il serait possible-, dit-il, que la religion ne fût qu'une invention humaine, et que la philosophie nous démontrât la vanité de nos espérances, ne serait-ce pas là une découverte terrible, que, par pitié, il faudrait dérober à la connaissance des hommes »? Et, se tournant vers les philosophes athées, qui s'offrent à le déti'omper, l'abbé Lamourette les suppliait ainsi : « Chargés de nous dire que nos espérances seront vaines, et que notre attente la plus chère, la plus nécessaire, ne doit jamais être cou-

1. Les droits de la reliqion [333], 1, 54; Sermon sur l' immortalité (1777) [95], 1, 278.

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