Dialogues, !X
LF.S ItlSCIl'LES INVOLONTAIRES. 199
« les droits de la religion chrétienne et catholique sur le cœui" de riiomme ' ».
L'auteur des Lettres secrèles sarfétat actuel de la religion, qui parurent en 1781, gémit sur l'épidémie de rationalisme qui gangrène toute la nation, et qui n'a pas épargné le clergé : « Nous sommes devenus, dit-il, de tristes et funèbres raisonneurs. Le siècle de Louis XIV a épuisé toute rimagination et la sensibilité de la nation. Il semble que nous sojons déshérités en cette partie de la nature ». C'est vraiment bien mal connaître son siècle ! Et, si le clergé de France est alors malade, ce n'est certes pas « du fanatisme de la raison "^ ». L'auteur des Lettres reconnaît luimême que la Vérité, personne, dans l'Église de France, ne semble plus s'en soucier, et que les seuls mots qui fassent vibrer les prêtres, comme tons leurs concitoyens, sont les mots à la mode : bienfaisance, humanité, utilité. Les évêques ne sont plus des apôtres : ce sont des « administrateurs », et « l'empirisme civil envahit tout ^ ». C'est daqs cette atmosphère de désintéressement intellectuel et d'utilitarisme sentimental que la nouvelle apologétique va forger ses arguments.
Ce n'est pas, faut-il le dire, que l'ancienne ait disparu : l'apologétique traditionnelle, fondée sur les prophéties, les miracles et « la suite de la religion », garde ses fidèles; et ils sont peut-être la majorité. Presque tous les prêtres qui ont réfuté le Vicaire Savoyard n'ont pas voulu d'une autre méthode. Dom Deforis, l'abbé Bergier, l'abbé François, l'abbé Maleville, et tant d'autres, continuent à regarder d'abord le christianisme comme un grand fait d'histoire, et à prouver sa vérité par des faits incontestables*. Serait-il besoin d'ajouter que, parmi les prédica-
1. Cf. Les délices de la religion [4.39], La religion seule base du bonheur [4.32J, Le chrétien par le sentiment [334], Les droits de la religion chrétienne et catholique sur le cœur de Vhomme [333].