Id., 2-3, G
4. Cf. Deforis, La divinité de la religion chrétienne .vengée [319 B] ;
teurs célèbres, beaucoup se contentent d'être pieux et très pieux, d'une piété ardente, qui ne s'arrête un instant aux preuves rationnelles que pour pouvoir adorer avec plus d'humilité, se repentir avec plus de larmes? Et, par exemple, — pour signaler une œuvre dont tous les partis s'accordent à louer la tenue littéraire, l'austérité classique et la valeur oratoire, — les sermons de l'abbé Assclin auraient pu être prêches dans un couvent du xvn"^ siècle, et n'auraient pas déconcerté Bourdaloue ^ Mais ce n'est pas dans cette apologétique traditionnelle que se complaît la nouvelle génération ; le christianisme qu'elle goûte davantage, c'est celui que lui présentent les Fidèle, les Bellet, les Boulogne, les Fauchet, les Boismont,.lesLamourette, cent autres : un christianisme rassurant, consolant, profitable, délectable, plein « d'attraits )>, de séductions et déjà de « beautés ».
Non pas, sans doute, que, de c,e christianisme, la révélation ait disparu : on l'y maintient, et on la i)roclame indispensable : « L'expérience de tous les siècles nous l'apprend, déclare l'abbé Boulogne; en fait de mœurs, de religion,
Bergier, Le déisme réfuté par lui-même [340""]; L. François, Réponse aux difficultés proposées contre la religion chrétienne par J. J. Rousseau,... dans la <■ Confession de foy du Vicaire Savoyard »... et dans son « Contrat social », Paris, Babuty, 17G5, in-12; [G. Maleville], Examen approfondi des difficultés de M. Rousseau, de Genève, contre le christianisme catholique, Paris, 1769, in-12, elc. On pourrait citer de inéme la plupait des ripostes lhéoIogi(iues que nous ont values Voltaire, D'Holbach et les autres : cf., par exemple, Bullet et Moïse, Réponses critiques à jdiisicurs difficultés proposées par les nouveaux incrédules sur divers endroits des livres saints, Paris, Berton, 1775-1788, 4 vol. in-12. Les ouvrages de ce genre pullulent dans la seconde moitié du xviii' siècle et se ressemblent comme des- frères.
1. Discours sur divers sujets de religion et de morale, par M. l'abbé Asselin, ancien vicaire général de (Jlandèves, Paris, Delalain, 1786, 2 vol. in-12. On trouvera, dans les 00 pages de VAvertissement, It's extraits très élogieux des priincipaux journaux sur le talent de l'abbé Asselin.
de croyance, l'homme ne se soumet jamais à l'homme; il ne veut obéir qu'aux seuls représentants de la Divinité. 11 faut alors, non des philosophes qui disputent, mais un Dieu qui détermine. Grande vérité, que reconnurent tous les anciens législateurs, tous les sages fameux qui voulurent tenter de réformer les peuples. Tous furent obligés de faire honneur aux dieux de leurs propres lumières, tous mirent leurs maximes dans la bouche des immortels; tant ils étaient persuadés que l'instruction du monde ne peut appartenir qu'à ceux que Dieu envoie ^ ». Remarquons, par parenthèse, que tout ce développement n'est qu'une paraphrase d'un chapitre du Contrat social -. Mais passons. Si l'on se garde bien d'abandonner la révélation, on ne cherche plus, ou l'on cherche moins, à la démontrer par l'histoire. On ne veut peut-être pas suivre le Vicaire Savoyard, quand il se refuse à reconnaître la vérité historique de la révélation; mais on néglige, comme lui, toutes ces preuves extérieures par les miracles et les prophéties, pour maintenir l'âme devant les seules preuves de sentiment, devant cette « sainteté » qui « parle au cœur». « Les vérités que Dieu nous révèle par l'organe des docteurs d'Israël ne doivent pas vous être suspectes, dit le P. Fidèle : elles sont, pour ainsi dire, les oracles de votre esprit.... La loi du péché, l'attrait de la vertu, l'idée du vrai bonheur, la justification, l'espérance, l'immortalité, toutes ces vérités prophétiques, oui, cher Cléonime, sont constatés par le témoignage de votre Ame " ». L'abbé Boulogne est plus explicite encore :
Je ne parle point ici des prodiges de notre reUgion, de ses prophètes et de ses triomphes; ce ne sont là, pour ainsi dire, que les dehors du christianisme. Toute sa beauté est au dedans, dit le prophète. C'est là qu'il faut considérer la religion autant que dans ses preuves; c'est dans sa morale, autant que dans ses prodiges, dans ses bienfaits autant que dans ses victoires.