Comte de Valmont
ainsi dire, à i égard de l'homme religieux et juste, qu'une vérité étrangère et de pure spéculation. Ce n'est que pour les impies et les dissolus qu'elle est effrayante, parce qu'elle ne regarde qu'eux, et que ce n'est que pour eux qu'il fait partie de l'économie de la religion. Dans le système pratique delà foi, il n'y a plus de peine éternelle' ».
Ce n'est qu'une phrase, je le veux bien; et il n'y aura pas beaucoup de prédicateurs, à la fin du xvin'^ siècle, pour en avoir de si audacieuses; il n'y aura pas beaucoup de dom Louis pour croire, ou, du moins, pour prêcher « l'enfer détruit ». Mais, pratiquement, beaucoup le détruisent par leur silence; au lieu d'annoncer les châtiments dont la religion menace ceux qui enfreignent sa loi, ils décrivent surtout les plaisirs qu'elle nous réserve. « Dès que tu commenceras à m'aimer, je ferai ton bonheur. Alors je fixerai ton esprit et je tranquilliserai ton cœur,... je diminuerai tes besoins, je soulagerai tes maux; en les épurant, j'assurerai et j'éterniserai tes plaisirs- ». C'est ainsi que l'excellent abbé Gérard fait parler la Religion dans son livre; c'est ainsi qu'elle parle chez bien d'autres doctes prêtres ou pieux laïques : elle « éternise les plaisirs », ce qui veut dire que, dès à présent, elle les fait naître; et c'est plutôt au spectacle de cette félicité présente que les apologistes nous convient; la félicité future semble pres-
1. Délices delà religion [439], 331. — Les formules de Lamouretle sontd'aulant plus significatives, qu'elles paraissent plus inconscientes et spontanées; car, derrière ces audaces sentimentales, il reste une théologie très stricte et très précise. Cf. ses Pensées sur la philosophie de la foi, qui sont postérieures d'une année seulement à ses Délices. Lire, en particulier, le « Second discours », intitulé La théodicée du christianisme [447], 34-122. Une phrase de la Conclusion (p. 295) donnera le ton de celte théologie : « L'incarnation du Verbe est le principe, l'àme, le soutien et le cui^ur de toutes choses ».