Essai sur le bonheur
3. Mathon de la Cour, Danger des livres contre la religion [370], 12-13 et passim; Mme J.rpriiice de Beaumont, Américaines [:i69], II, 139; Gourcv, Essoi sur le bonheur [386], 266-267.
trop indulgent pour l'œuvre des « philosophes» >•. — 1-es remerciait de toutes les lumières qu'ils avaient apportées dans le monde; et même d'avoir <■ purgé la terre de la superstition et du fanatisme »; mais il les suppliait de sarréter devant les « temples ». et de ne pas vouloir y « provoquer la désertion ». Ou n'y apprend, dit il, qu'à « établir le respect de l'ordre et l'unité des sentiments ». Détruisez ces temples, proscrivez ces prêtres qui vous importunent : quelle main essuiera les larmes des malheureux? Où sera lasile du pauvre?... Ce peuple qui souffre et qui gémit, pourquoi vous obstinerez-vous à lui disputer un Dieu pauvre et souffrant comme lui? Erreur pour erreur (vous me forcez à ce blasphème, que ma foi désavoue; mais l'horreur môme de cette supposition inq)ie ne laisse aucune ressource à votre doctrine), ce que nous professons, ce que nous annonçons, ne pénètre-t-il pas dans l'àme avec plus de charme et de douceur que toutes les vaines déclamations que l'esprit d'indépendance accumule? Nos secours, nos remèdes ne sont-ils pas plus populaires, plus actifs, plus universels-»? Et l'abbé de Boismont terminait son tableau des l»ionfaits delà religion par cette question et cette sentence : « Je vous le demande : la sagesse du siècle enfanterait-elle de pareils prodiges? Et voilà la religion qu'elle veut éteindre! Que la raison, modeste et soumise, tombe au.x pieds d'une religion bienfaisante. Ce titre seul atteste sa divinité- ». Ce titre suffit, du moins, pour lui faire la place belle dans la société. Ceux même qui ne croient pas ne sauraient lui contester sa vertu, ni lui ménager leur reconnaissance : elle seule sait c( ramener les grands aux devoirs de l'humanité et aux sentiments de la nature, parce qu'il n'y a qu'elle qui les détache de leurs richesses, et qui rétablisse le pauvre dans
1. Journal de Paris, du 3 avril 1782 [6.5], .369-371; Correspondance littéraire [ol], XIII, 1.53-155.
2. Sermon du 13 nuirs 1782 [406], 34, 37-38, 45-46. Cf., de même, Boulogne, /"'" Sermon xur l'incrédulité [95], I, 316 : « Nous faul-il d'autres preuves de ta divinité que le bien que lu fais sur la terre » ?
sa dignité d'homme ». Il suffît d"être '< un bon et vertueux citoyen » pour constater ces choses. « Sainte religion, s'écrie l'abbé Boulogne, périssent ces barbares, ces ennemis de la patrie, qui méditent ta destruction » ! L'abbé Lamourette est encore plus formel : « Plus on approfondit, déclare-t-il, l'universalité du service dont l'Évangile est pour le repos et le bonheur du monde,... plus on trouve difficile de prêter des intentions innocentes à ceux qui le combattent, et de saisir la ligne qui sépare un philosophe irréligieux d'un citoyen dangereux et méchant ' ».
Aussi, pour beaucoup de ces prêtres, qui goûtent cette apologétique à la Jean-Jacques, il ne faut plus parler d'Église enseignante ou militante : seule, l'Église bienfaisante a droit d'exister. Les évêques font moins de mandements doctrinaux et plus de circulaires charitables : ils semblent s'excuser d'être évêques, eu étant d'abord des préfets de morale, des serviteurs du bien public; ils fondent des crèches, assainissent les hôpitaux, établissent des routes, encouragent des manufactures, président des couronnements de rosières 2. D'un bout à l'autre de la hiérarchie, les prêtres veulent être surtout des « ministres de bonté » ; ils veulent être « de bons patriotes et de bons citoyens », et « se rendre aussi utiles qu'aimables dans la société 2 » ; ils font le bien avec des raffinements de sensibilité, qui arrachent des larmes : le curé de Saint-Léger, M. Brion, offre un petit festin à quatre octogénaires de son village : « C'était un spectacle bien attendrissant pour une Ame sensible* »; M. Cochin, « l'estimable curé de Saint-Jacques du Haut-pas », a fondé une filature, et habille, du linge qu'il fabrique, les vieillards de sa paroisse ; mais « il le fait porter d'abord par les jeunes gens, pour
1. Délices de la religion [439], 221, 25'J-260; Boulogne, /f'' Sermon sur Vincrédulilé [95], I, 316.
2. Lemonnier, Fetedes bonnes gens de Canon [388], p. lu-iv : dédicace à l'évoque de Coulances; Hasard, Discours du 12 août 1787 [433], 3, etc.
3. Journal de Paris, des 22 mai, 9 juin 1780 [65], 580-589, 659, etc.