Fête des bonnes gens de Canon [.388J
2. Lettre du curé N. à Baculard d'Arnaud [423J, 111, 198-201.
sensibilité nouvelle, j'allais presque dire d"un art nouveau : ils sont les ministres de la religion « sensible au cœur». Ce n'est pas chez le « bon curé » du Dictionnaire philosophique, ni même chez le « curé bienfaisant » de l'abbé de Saint-Pierre, qu'ils vont chercher leur modèle : c'est bien l'idéal de Jean-Jacques qui les émeut. En étant, « dans une pauvre cure de bonnes gens », les interprètes du pur Évangile et les amis de Tindigent, des ministres de tolérance et de concorde, plus attachés à la vertu qu'au dogme, ils savent bien, et ne s'en troublent pas, qu'ils sont les confrères du Vicaire Savoyard. L"abbé Laurent écrit siu Journal de Paris pour conter les attendrissants adieux dii^curé de Chatenoix « au peuple qui lui était confié depuis quarante ans j>. Le spectacle de celte paroisse en larmes, comme (c une famille éplorée sur le point de perdre le meilleur des pères », lui « rappelle les paroles touchantes du citoyen de Genève : je ne trouve rien de si beau que d'être curé * ».
Je sais bien que,- dans cet enthousiasme pour les curés de campagne, il entre autant d'amour de la campagne que des curés 2; mais c'est précisément là ce qui a rendu contagieuse la religion de Jean-Jacques : c'est qu'il a su l'associer aux sentiments les plus chers de l'àme contemporaine. Il a trouvé dans la religion, et dans la religion chrétienne, dans son Christ comme dans ses patriarches, dans son Évangile comme dans ses curés, de quoi émouvoir toute âme sensible, éprise de nature et de bonté, de beauté simple, touchante et champêtre. Les confidences de Julie sur les « plaisirs » de la dévotion, les aveux du Vicaire sur la séduction de l'Écriture, ont préparé les esprits à une apologétique très moderne, qui reste toute proche de l'tîme, pour l'attendrir et l'enchanter.
\. Journal de Paris, du 15 février 1781 [65], 185. 2. Sur cet amour de la nature à la fin du xvni" siècle, cf. le livre de D. Mornet [594].
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de toutes discussions,- historique ou philosophique, et (jui même les rend vaines. On peut le traiter d'<( impie » ; ceux qui auront été le plus durs pour lui ne seront pas les derniers à se servir de ses expressions. C'est de Jean-Jacques que s'inspirent, sans l'avouer, le P. Elisée, le P. Fidèle, le P. Lenfant, labbc Pey, bien d'autres, quand ils vantent i( la noble simplicité de TÉcriture », ou qu'ils célèbrent la mort du Juste K Beaucoup, d'ailleurs, n'essaient i)as de dissimuler les réminiscences d'un « morceau si connu »; ils accueillent avec empressement cet « hommage échappé à la conviction intime que Rousseau avait de l'excellence et de îa beauté » du christianisme - : r<c élève de la religion » relève « ce témoignage si éclatant, que seule la force de la vérité a pu lui arracher' »; Caraccioli s'en inspire et le dit*; l'abbé Gérard cite tout au long ces pages « sublimes )>, qu' <c on ne saurait trop se rappeler ■' »; l'abbé Torné l'ait sonner en chaire les aveux de « ce génie trop souvent égaré par l'amour du paradoxe « »; l'alibé Fauchet démontre l'accord de la religion naturelle et de la religion chrétienne, en utilisant les termes mômes de Jean-Jacques : <c La nature, s'écrie-t-il, dit Dieu à toute la terre, malgré les athées; l'Évangile dit Vérilê à toutes les nations chrétiennes, en dépit des incrédules. Il n'est raisonnement qui tienne dans les têtes, quand le sentiment crie dans les âmes. Ouehiucs hommes, à force de fausses sciences et de grandes passions, pourront étouffer cette voix pour eux et pour une troupe éparse d'êtres orgueilleux ou dépravés; mais assoupiront-ils la conscience du genre humain? On ne combine pas ainsi sans inlelligencé : — ce n'est pas ainsi qu'on invente : voilà deux certitudes morales éga-
1. Oraison fuiicbre du dauphin [M")., IV, 412; Le chrélien par le sentiment [3.341, I, 188-18'.), Ui, 137; Sermon sur l'importance du choix des livres [4G8j'y, 117-118; La loi de nature, I, 4 et II, 1 [44i"^, lGÛ-163.