‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 173 sur 386 · Discours sur les mœurs rurales [438J · texte numérisé non relu

Discours sur les mœurs rurales [438J

2; Lettre au marquis Alexis Costa, de Noël 1766 [137], 25.

ces idées ont de charme! que ces mœurs sont belles! que l'àme se repose délicieusement dans ces souvenirs consacrés! Non . mes frères, je n'irai point, orateur profane, chercher les douces images de la nature cultivée par les mains de la vertu dans les fastes de l'ancienne Egypte, de l'ancienne Grèce, de l'ancienne Rome.... C'est dans le peuple de Dieu que je dois vous présenter vos modèles; c'est sous l'influence de la vraie religion que les saintes vertus et les mœurs pures nous offrent les tableaux divins de l'innocence et du bonheur.

Règne à Memphis, berger Joseph ! Que le sceptre du Pharaon se change en houlette dans tes mains, pour gouverner ton peuple... C'est sous le palmier des monts d'Éphraïm que la sage Debbora voit accourir à elle tout le peuple, prononce les oracles de la justice, et donne l'ordre de la victoire. C'est sous le chêne d'Éphra que Gédéon est proclamé par le ciel le plus courageu.x des hommes, et reçoit la mission divine pour être le libérateur de ses frères. Voyez l'aimable fille de Jeplité s'avancer, avec des couronnes de fleurs et les instruments de la musique champêtre, au-devant de son père victorieux : avec quelle piété filiale, quelle religieuse docilité, elle se soumet à l'engagement qui la dévoue au Seigneur par l'immolation de ses temporelles espérances!... Voyez la tendre Noémi, la sensible Ruth. le sage Booz, ce tableau si pur des moissons de Bethléem, ce repas rempli de rustiques délices, cette simplicité antique, cette douce bonté, cette égalité du riche et du pauvre, cette fraternité de tous, ces communications mutuelles de sentiments aiïectueux, cette confiance de la vertu, ce respect de la pudeur, ces religieux délais, cette fidélité aux lois saintes, cette chaste joie, ces congratulations universelles : ô charme unique de la nature dans la vertu, de la vertu dans la nature! Céleste religion des mœurs, souvenirs enchantes! Dieu bon, donneznous ces mœurs innocentes, et soyons, s'il le faut, le plus obscur des peuples de la terre, nous en serons le plus heureux '.

L'abbé Lamourette. lui aussi, raconte dans ses Délices de la religion, non sans charme, et surtout non sans atten-

1. Discours sur les mœurs rurales [438], 6-12. — 11 est regrettable que, dans le livre de Tabbé J. Charrier, Claude Fauchel, Paris, Cliainpion, 1900, 2 vol. in-8, on ne trouve pas, sur la signification historiiine et litti'r.iirt' do rapologéli(iuc de Fauchet, l'élude (|u'oa était on droit d'v attendre.

drissement, Thistoire de Booz : « Où trouver, nous demande-t-il, des traits de délicatesse et de sensibilité qui approchent de celui-ci? Et quel lecteur, même naturellement froid et peu sensible, peut retenir ses larmes en s"arrètant à de pareilles images ' »? La page est inférieure à celle de Fauchet, ,et ne mérite pas d"être citée : elle manque de ce pittoresque et de cette grâce évocatrice qui donnent au Sermon sur les mœurs rurales je ne sais quelle couleur pré-romantique; mais elle prend toute sa signification par le Discours préliminaire, où Lamourette, revenant aux considérations de Berruyer et de Jean-Jacques, en les modernisant, s'arrête devant la Bible, plus en connaisseur et en artiste qu'en croyant :

C'est cette immensité et cette majesté du dessein du christianisme qui donne à nos livres sacrés un caractère si marqué d'excellence et de supériorité sur toutes les productions de lesprit humain. Ni les anciens ni les modernes pris ensemble ne sauraient fournir un tout qui approche de l'abondance, de la solidité et de Télévation de nos Écritures. Ce ne sont pas seulement les littérateurs religieux qui y reconnaissent des beautés et un fond de choses et de substance qui ne se trouve nulle part. Mais tout homme d'un goût sérieux et profond, quels que soient ses principes personnels; tout penseur qui aime les grands aperçus, l'énergie et l'opulence des idées; tout orateur qui veut trouver les richesses de la vraie éloquence; tout philosophe qui cherche la connaissance de rhomnie, de ses besoins et de ses ressources; tout poète qui se plait à faire reposer son imagination sur de grands événements et de magnifiques tableaux; enfin toute âme sensible et tendre, dont l'attrait est de se nourrir de ce que le sentiment peut nous offrir de plus pathétique, de plus délicat et de plus vif, toutes les espèces de lecteurs réfléchis et doués dune âme saine admirent et recueillent avec ardeur les trésors qui sont cachés dans ce livre étonnant-.

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