‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 175 sur 386 · Délices de la relùjiun · texte numérisé non relu

Délices de la relùjiun

LKS DISCIPLES INVOLONTAIRES. 221

lonle vi;uc poésie el Ijeaulé vient d'elle. Les « délices de la religion -> ne sont pas senlement les délices du cœur; ils sont aussi les délices du goût et les plaisirs de l'esthète. Dans son Cli ré lien par le seidiment, le P. Fidèle a toute une série de chapitres, dont l'exécution est encore bien médiocre, mais dont les litres seuls fournissent déjà un inépuisable programme. Ce n'est rien de moins que la revue de tous les « attraits )> de la religion chrétienne : L'altrail de la religion chrélienne dans l'idée qu'elle nous donne de la Divinilé.... L'altrail de la religion chrélienne dans la surabondance de ses Irésors.... L'allrail de la religion chrétienne dans Cédai de ses beautés.... L'altrail de la religion chrélienne 'dans Vinvariable éclat de ses beautés. Le dénombrement de ces attraits est d'une monotonie homérique : ils se succèdent inlassablement dans la vie jusqu'aux suprêmes <( attraits de la religion chrétienne dans la beauté des sentiments qu'elle inspire à la mort ». Inutile, du reste, d'énumérer tous ces « attraits '> ; un rnot les résume : « Tout est attrait dans la religion chrétienne, pour un co'ur capable de sentir.... La religion chrétienne renferme tout ce qu'en matière de culte vous pouvez souhaiter de noblesse, de grandeur, de sainteté ». L'Église est « la mère de la belle dilection », Mater pulchrx dilectionis. Qui ne sent pas ses charmes est un barbare : u Ou les attraits de la religion chrétienne doivent toucher votre Ame, ou vous êtes la plus stupide et la plus indigne des créatures », Je ne voudrais pas exagérer l'importance d'un livre comme celui-là : il parle beaucoup de « beautés » et d' u attraits », mais c'est une beauté qui s'impose comme un dogme, avec des violences autoritaires et brutales. Pourtant, les paroles qu'il prononce ont l'avenir pour elles; ce (^ chrétien par le sentiment » s'achemine, sans aucun doute, de Rousseau vers Chateaubriand, (c en conduisant l'homme à l'esprit du vrai culte par les beautés de l'histoire de Jésus- Christ »/■ Son Dieu est le « Dieu des beautés », qu'on ne démontre pas, mais qu'on sent, car <« le Sentiment du cœur naît du spectacle des beautés ». La vertu porte avec soi

<( un goût délicieux, qui passe jusqu'au fond de l'àme ». Le christianisme est vrai de cette vérité « inelïable » et pleine « d'attraits' ».

Ce sont ces principes que l'on retrouve, quelque vingt ans plus tard, dans les livres de l'abbé Lamourette, mais se présentant cette fois dans un style moins trépidant, avec moins de ferveur et plus d'art. Il nous montre le christianisme « sous un aspect de grandeur et de majesté, capable de transporter toute intelligence faite pour contempler les grands spectacles ». La religion est si belle. (( qu'on ne peut la voir sans l'aimer »; et c'est dans cette beauté même (c que consiste la vraie preuve de sa divinité - ». A la môme époque, l'abbé Fauchet trouvait des formules presque identiques, pour exalter cette beauté de la religion, « beauté divine » et trop peu connue. « J'ose le dire, s"écriait-il : si les droites et belles Ames voyaient la religion catholique en elle-même,... rendue à sa beauté native,... elles se plieraient avec enchantement de toute leur hauteur, pour l'embrasser et l'adorer ^ )). Ainsi, maîtresse de bonté, la religion l'est aussi de beauté. Elle n'est pas seulement le soutien de la conscience, elle est encore l'excitatrice do génie :

0 que la religion donne de fécondité et dampleur à tout esprit qui sait l'envisager dans le vrai jour de sa magnificence et de sa grandeur! Non, il n'y a qu'elle qui puisse former les intelligences extraordinaires, élever le génie au-dessus de luimême, et le faire s'élancer hors des limites prescrites à tout ce qui est humain. C'est elle qui agrandit toutes les sphères, qui dilate tous les sujets, et qui met l'infini dans ce qui ne parait rien à nos yeux. Seule elle a le don de tout vivifier. Elle enfante les prodiges partout où les hommes laissent luire son flambeau. Elle imprime à tous les talents, aussi bien qu'à

1. Le chriHicn par le seiUiinrnl [334], II, 13, 334; III, 40, 300; l. 17, 18, 45, 177.

2. Philosophie de Vincrédidilé [425], 26, lo8-159; Délices de la rcUijion [439], 164-165.

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