Religion nationale
toutes les vertus, le sceau du surnaturel et du divin, et produit les grands hommes comme elle fait les grands saints •.
Au milieu du siècle, Tévéque du Puy avait tenté prématurément de « réconciliei- la dévotion avec l'esprit ^ ». Trente ans plus tard, Lamourette reprenait ce dessein en l'élargissant. Mais, dans l'intervalle, Rousseau avait parlé. Il avait dit, lui aussi, son rêve analogue : réconcilier les dévots et les philosophes, « établir à la fois la liberté philosophique et la piété religieuse ^ ». Lamourette, qui avait lu le Vicaire Savoyard et la Julie, ne pouvait pas échapper à leur influence, et il a essayé en prêtre ce que Rousseau avait essayé en philosophe : Si l'on eût montré la religion aux hommes, dit-il, dans sa grandeur et sa beauté, <c on eût trouvé en tout la religion si semblable à la foi, et la foi si amie de la raison et de la nature, qu'il n'aurait plus été possible d'être philosophe sans christianisme, ni chrétien sans philosophie * ». Mais, dans la pensée de Lamourette, cette réconciliation n'aurait pas été une abdication du christianisme. Ce prêtre, qui, sans oser le reconnaître lui-même, a été touché par Rousseau, et qui subit d'autant plus fortement son emprise qu'il est plus sévère pour ce maître inavo.ué ■>, a profité de l'expérience de sa génération. Comme D'Holbach et comme Lefranc, le théisme lui paraît une solution intenable. Il ne comprend d'autre religion que la chrétienne. La religion naturelle n'est, pour lui, qu'une espèce de résidu intellectuel, mais sans racines vivantes : il sait bien que quiconque sent en soi le besoin de la religion « ne commencera pas par se convertir à la religion naturelle, mais volera droit à Jésus-Christ.... Le premier mouvement d'une ame touchée de ses écarts et du désir de mourir dans le sein de la vérité, la repousse direc-