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Philosophie de la foi

femont dans l"Évangile, conirae dans l'unique refuge de In raison et de la conscience. C'esl que, pour un homme qui est né dans la lumière de la foi, la religion naturelle, séparée de Jésus-Christ, ne peut être qu'une chimère; c'est que Jésus-Christ, une fois connu, fait partie de la religion naturelle ' ». Le christianisme de Lamourette profite de Jean-Jac(iues, mais le dépasse.

Avec Fidèle, Lamourette, Fauchet, Lemonnier et les autres, nous sommes arrivés comme à la limite du Génie (la cJiristianisine. Et qui sait? sans la Révolution, si la guillotine n'avait pas supprimé un Lamourette et un Fauchet, si elle n'avait pas surtout arrêté la progression normale des sentiments et des idées, peut-être aurions-nous eu quelques années plus tôt. même sans Chateaubriand, uil Génie, moins artiste, il est vrai, mais aussi conscient de ses principes. A tout prendre, dans ces sermons champêtres et dans ces théologies sentimentales, les arguments essentiels de Chateaubriand, sont déjà réunis : nous avons pu en suivre la trace jusqu'au-delà de Rousseau, mais c'est en passant par Rousseau qu'ils sont devenus populaires et victorieu.x.

11 y a chez lui, en effet, dépassant ses négations ou ses réserves philosophiques, une apologétique du christianisme qui semble se présenter sous trois aspects. D'abord, un appel à la suprématie du sentiment : u la sainteté tle l'Évangile parle à mon cœur;... ce n'est pas ainsi qu'on invente »; il y a aussi dans son œuvre, fragmentairement, mais très complaisammenl développé, tout un traité (ju'il a intitulé lui-même De l'utilité de la religion : <( par les principes, la philosophie ne peut faire aucun bien que la religion ne le fasse encore mieux; et la religion en fait beau-

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coup que la philosophie ne saurait faire »; enlin, — et plus sommairement indiqué, parce que Rousseau n'est qu'à demi artiste, ou plutôt parce que les besoins de l'art ne sont pas prépondérants chez lui, — nous avons trouvé âans la Julie, dans le Lévite et dans la Profession, une esthétique du christianisme : grandeur émouvante que confère la religion au spectacle de la nature; noblesse, grâce, et même élégance de Jésus, simplicité de sa vie et sublimité de sa mort; poésie bilîlique, qui se confond avec la poésie de la nature; « beauté » touchante du ministère sacerdotal, lorsqu'il est selon l'esprit de l'Évangile, et, par instants même, agrément, charme et séduction du culte catholique. On a vu comment les apologistes chrétiens de la fin du xv!!!'* siècle avaient utilisé et développé tous ces thèmes. Parce qu'ils étaient prêtres, et souvent pieux, ils étaient mieux préparés que d'autres pour comprendre ce qu'il y avait de profond et de persuasif dans le christianisme de Jean-Jacques; ils ont repoussé ses négations, mais ils se sont pénétrés de son esprit, et ils ont mis cet esprit au service de leur religion. En reniant Rousseau, parfois même en le réfutant, ils n'ont pas été, sans doute, ses disciples les plus authentiques, mais ils ont été, semble-t-il, ceux qui ont le mieux gardé sa flamme et son accent. Par eux, et grâce à la secousse qu'il avait donnée, les sympathies, les admirations, les tendresses sont rev^enues au christianisme, et suppléent provisoirement à la foi. Au moment où la Révolution va éclater, il y a déjà, chez les prêtres les plus modernes, et les plus accueillants pour la sensii)ilité du siècle, un Génie du christianisme épars, qui ne réclame plus qu'un grand artiste pour l'écrire.

La religion de J. J. Rousseau. — III. 15

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