‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 181 sur 386 · Fauf-het, Religion nationale · texte numérisé non relu

Fauf-het, Religion nationale

avantages du nouveau plan seraient incontestables, quel homme de sens oserait entreprendre d'abolir les vieilles maximes, et de donner une autre forme à l'État que celle où l'a successivement amené une durée de treize cents ans' »? Tous ces textes sont authentiques et révélateurs. Mais les conseils pratiques de Jean-Jacques ne parviennent pas à ruiner l'esprit de ses exhortations. Il a beau, dans son premier Discours, se tourner vers les académies pour leur demander le salut de la société, on ne peut pas dire qu'il ait favorisé la culture académique. Vainement le Discours sur Vinégalilé rend-il grâce au ciel d'avoir donné des rois à la ferre, vainement le Contrat social rappelle- t-il aux peuples opprimés « qu'il faut souffrir un mauvais gouvernement, quand on l'a - », — l'esprit du Contrat et du second Discours reste bien un esprit égalitaire, et, contre toutes les tyrannies, unespritd'insurrection. De même, si le Vicaire Savoyard paraît conseiller le respect du culte traditionnel, sa critique de la révélation ne semble pas d'abord le favoriser; et c'est bien l'auteur du Contrat qui a déclaré qu' « il ne connaissait rien de plus contraire que le christianisme à l'esprit social »; c'est bien lui qui a proposé sa « religion civile » comme la religion idéale du citoyen, religion nécessaire, mais suffisante, et qui dispense de toutes les autres. Quand on a lu le dernier chapitre du Contrat, il semble que toute la politique religieuse de la Révolution s'éclaire, et que, depuis la constitution civiledu clergéjusqu'àla fête de l'Être suprême, la France révolutionnaire n'ait cherché qu'une adaptation toujours plus exacte aux doctrines de Jean-Jacques.

Mais c'est une tentation qui a ses dangers. Que le Contrat social ait été pour les conventionnels une manière d'évangile, et surtout un répertoire de maximes obscures

1. Gouvernement de Pologne, Sur la « Polysynodie .., V, 240, 262, 29.3, 302,-348, 34<) : cf. Lenormant [iU], 10-J2, 83. 93.— Il faudrait, d'ailleurs, remarquer que, dans les premières années de la Révolution, l'influence de Rousseau s'est souvent exercée au bénéfice de la religion traditionnelle : cf. les déclarations si conservatrices de Chérin à la fête de Montmorcncv, en 1791 [460], 2.Ï-26.

et d'autant plus frappantes, je le veux bien; mais la Révolution avait trouvé sa ligne, quand le Conirai commence à prendre cette autorité. Jusqu'à la veille des États généraux, il reste un livre relativement peu lu, qui a fait beaucoup plus de scandale à Genève qu'à Paris. Avant 89, Rousseau est surtout, pour le public de France, l'auteur de la Julie et de VÉinile ' ; et c'est seulement quand il a fallu philosopher sur une révolution déjà, faite et tâcher de l'organiser, que le Contrat trouve enfin à Paris des admirateurs et des exégètes. Mercier lui-même le remarque : i< Celait autrefois, dit-il, le moins lu de tous les ouvrages de Rousseau. Aujourd'hui tous les citoyens le méditent et l'apprennent par cœur - ». Ainsi ce n'est pas, semble-t-il, le Contrat social qui a fait la Révolution, c'est beaucoup plutôt la Révolution qui a fait le succès du Contrat.

Nous n'irons donc pas attribuer au seul Rousseau la responsabilité de cette politique religieuse, dont il a été l'un des théoriciens, sans doute, mais un parmi tant d'autres, et dont les racines sont beaucoup plus politiques que religieuses. Il y a, en effet, un problème qui sollicite alors bon nombre d'esprits dans tous les camps : « établir les principaux caractères qu'il importe d'assigner au système religieux pour le réunir au système politique dans une même constitution'' »; c'est dans tons les camps qu'on est en quête il'une « religion nationale '► >\ On peut, pour des motifs différents, ne pas vouloir du mot^: mais on est presque unanime sur la chose. On n'y travaille pas avec les mêmes intentions, mais on en sent le même

1. Cf., sur ce point, les ■■ enseigt\emenls -précis que l'ournissent les catalogues des bibliollièques privées du xviii' siècle, et les remarques de M. Mornel [83], XVII. 407.

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