Rousseau auteur de la ficvolulion [4631, H. 99, note
3. C'est le sous-titre du livre de l'abhé Jauiïret en 1700 [452].
4. C'est le titre du livre de l'ablié Faucbet en 17811 [445].
5. Cf.. la protestation de Lamouretle contre ce qualificatif, Prônes civiques, VI [453], V, 12-14, et le refus de l'Assemblée nationale à la proposition de dom Gerle, dans la séance du 12 avril 1700 [06], IV, 1 03- 104.
LES DOCTRINES RELIGIEUSES DE LA REVOLUTION. iM
besoin. Ce n"esl donc point parce que Rousseau n'a pas dissimulé sa sympathie pour les réformateurs qui avaient su « réunir les deux tètes de l'aigle », que nous devrons retrouver son influence dans toutes les mesures qui auront cette réunion pour objet. On peut dire qu'au début de la Révolution, la pensée d'un Rousseau n"est guère plus agissante que celle de iMontes(juieu ou de Voltaire : elle l'est peut-être moins que celle de Mably ou de Raynal. Raynal surtout, si populaire à la fin du xviii*' siècle, et dont Vllistoire philosophique des deux Indes a connu, entre 1770 et 1790, une diffusion que jamais le Contrat social n'a pu obtenir, Raynal avait formulé dans son chapitre De la religion, avec la rigueur d'un code, quelques maximes intransigeantes, que j'ai citées, et dont on retrouve l'esprit dans toutes les tentatives révolutionnaires pour incorporer la religion à l'État. « L'État, disait-il, n'est pas fait pour la religion, mais la religion est faite pour l'État.... Seul, le peuple, ou l'autorité souveraine dépositaire de la sienne, peut prescrire le culte établi, en établir un nouveau, ou même se passer de culte, si cela lui convient* ». Plus encore que les maximes du Contrat, voilà celles dont se réclament tous les partisans des religions révolutionnaires. Le constituant Camus, qui ne craindra pas d'affirmer : <c nous sommes une convention nationale; nous avons assurément le pouvoir de changer la religion »; Treilhard, qui soutiendra, lui aussi, devant la Constituante, « qu"un État peut admettre ou ne pas admettre une religion », et qu'en face du culte traditionnel, « l'Assemblée peut faire tout ce qu'elle ferait, s'il s'agissait d'admettre la religion dans le royaume-», seront des disciples de Raynal
i. Histoire des deux Indes, XIX, 2 [371], IV, 5:33-534.
2. Séance des 30 mai, l^' et 2 juin 1790 [66], IV, 499-500, 515, 522. Cf. encore ces formules de Treilhard (p. 500) : « quand le souverain croit une réforme nécessaire, rien ne peut s'y opposer » ; de Camus (p. 505 et 515) : » la puissance ecclésiastique doit se diriger sur la puissance civile ... « l'Eglise est dans l'État, l'État n'est pas dans l'Église ». H ne faut pas se méprendre sur leurs sentiments per-
beaucoup plus que de Jean-Jacques. Quand Lanthenas « proposera aux républiques » son système de religion civile, « j'aurai exécuté, dira-t-il, ce que J. J. Rousseau déclare, sous cette même dénomination, être une partie essentielle de Torganisation sociale...; j'aurai proposé le code moral de la religion que demande Raynal à la sagesse des gouvernements dans le livre XIX de son grand ouvrage * ». Mais l'exposé de Lanthenas le montrera beaucoup plus influencé par Raynal que par Rousseau : et, de même, tous les conventionnels, qui, sous prétexte de chercher une <( religion civile », ne chercheront qu'à supprimer la religion au bénéfice de l'État'-.
Peut-être aussi n'a-t on pas encore fait à \'ollairc, dans l'histoire religieuse de la Révolution, la place à laquelle il a droit. La constitution civile du clergé n'a pas échappé à son esprit. Le curé fonctionnaire, décemment salarié par lÉtat, pour lui servir comme d'un supplément de police, est une conception toute voltairienne ■', on le sait. Quand la Révolution deviendra violemment antichrétienne, ce seront les pl^santeries de Voltaire qui seront reprises, grossies et vulgarisées par les orateurs des clubs. On le sait aussi. Faut-il rappeler encore que la campagne contre le célibat ecclésiastique, si elle peut s'autoriser de quelques mots de Julie ou du Vicaire savoyard, est beaucoup plutôt alimentée par les souvenirs de l'abbé de Saint-Pierre et surtout du Dictionnaire philosophique ''1 Ce sont là des
sonnels. Après avoir déclaré que l'iilat <• peut ctianger de religion », Camus ajoute : <■ mais nous ne le ferons pas; nous ne pourrions l'abandonner sans crime ». Le respect de l'ancienne religion subsiste; mais les principes élatistes sout plus forts que lui.