Dieu et les hommes
.3. Cf. L'office des décades [471]. L'idée, d'ailleurs, liautait depuis long;lemps quelques esprits. J'ai déjà cité la lettre du pasteur Durand, iiiiuistre à Lausanne, où ce « ci-devant prosélyte ex-bénédictin », demandait à Rousseau, dès 1764, de « dresser une liturgie de la religion naturelle ■> [13],
Itilion. Los auteurs de la Conslitution civile du clei'i,a' n'ont pas eu besoin de faire appel au Contrat. Les philosophes de Y Encyclopédie les avaient rendus « assez hardis pour déclarer que TÉglise doit dépendre uniquement des lois du souverain »; et, du reste, c'était dans la tradition d'une bourgeoisie qui avait fourni à PhiHi)pe le Bel ses légistes, de ne pas vouloir « reconnaître deux puissances », ou de ne les reconnaître que de mauvaise grâce'. Je ne veux pas dire que, chez les hommes de 89 et de 90, les souvenirs de Housseau soient absents, mais je dis que ces souvenirs ne leur étaient pas nécessaires à cette première étape dé leur pensée religieuse. Quand l'abbé Fauchet écrit : u la nation française est assendilée... ; le pacte social est dans ses mains » ; quand il essaye de tracer le programme d'une « religion nationale », tout ensemble catholique et civile, peut-être le Contrat social liii a-t-il fourni quelques suggestions, mais ce n'est rien moins que sûr, car il déclare ne vouloir de réformes que « dans les principes de la catholicité - ». L'abbé Jauffret, lui aussi, en un « discours philosophique et politique », expose à l'Assemblée les « caractères de la religion nationale », mais il les expose dans un esprit tout catholique, qui n'est guère celui du Contrat'. Lamourette lui-même, devenu évèque métropolitain de Lyon, protestera, au nom des droits de la conscience, en vrai disciple de Jean-Jacques, contre ce concept de « religion nationale », comme contraire « au caractère le plus intime et le plus essentiel du christianisme », à cet esprit du pur évangile qui doit j)réparer <( l'unité du genre humain '• ».
Mais ce rêve de « religion nationale >>, qui inspira les hommes de la Constituante, — sans jamais devenir, dailleurs, une réalité légale, — ne devait être qu'une étape
1. Lettre de Voltaire au comte Scliouvalow, du 3 décembre l7(tS [126], XLVL 178.