‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 185 sur 386 · Prônes civiques, VI [453J. V · texte numérisé non relu

Prônes civiques, VI [453J. V

LES nOCTRIiN'ES RELIGIEISES DE LA REVOLUTION. 23o

vers un rêve plus laïque, qui allait s'abriter sous un mot cher à Jean-Jacques : celui de « religion civile ». Après avoir réconcilié la religion avec la nation, les législateurs de 92 et de 03 céderont bien vite à la tentation de subordonner Tune à lautre, et do faire de la nation régénérée la .seule vraie religion des Français. « Ce n'est point, disait Habaut Saint-Étienne dès le début de la Révolution, ce n'est point à détruire le ressort moral de la religion qu'il faut travailler. 11 faut songer seulement à l'ôter des mains où il est si mal placé, et l'associer au ressort moral de la politique, en le mettant dans les mains de l'administrateur uni(|uc des intérêts sociaux. Tous les maux nés de l'erreur que j'attacfue seront guéris par ce moyen. Voici donc le l)roblème politique que je propose : Une certaine aalorilé religieuse donnée, propre à rendre les hommes vertueux; attirer insensiblement cette autorité en gouvernement... Le temps viendra, après avoir subordonné le clergé au gouvernement, de rendre la religion civile, de la faire concourir avec les lois, et de joindre ces deux ressorts dans la même main. La puissance civile sera, pour lors, dans son plus grand état de force * ». C'est déjà le langage des Conventionnels, et c'est aussi celui de Rousseau; c'est même, en un certain sens, son esprit; mais, derrière ces mois de religion civile, on peut dire que les idées qui vont s'abriter répondront de moins en moins, jusqu'au règne de Robespierre, à l'idéal de Jean-Jacques. Ce ne sera pas la « réunion des deux têtes de l'aigle » : ce sera la confiscation, et bientôt la suppression, d'un des deux aigles par l'autre. Quand Isnard s'écriera aux applaudissements de la Législative : « mon Dieu, c'est la loi, je n"en ai point d'autre - », il m'est difficile de reconnaître en lui un interprète autorisé du Contrat social. Dans un livre comme celui que le curé de

1. Trois manuscrits [iuédils], édit. G. Fabre; HP manuscrit [entre 1789 et 1792] : Le mal; le remède (Mémoires de Vacadcmic de Nîmes, 7- série, l. XVI, année 1893, Nîmes, Clavel et Chastanier, 1894, in-8, p. 234-240).

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