Séance du 4 novembre 1792 lOGJ. X
Moy fera paraître au début de 1792 sur V Accord de la religion et des cultes chez une nation libre, (c l'accord » se fera aux dépens de la religion, car, ce curé anticlérical est peu tendre pour « les faquirs et les bonzes •», ses confrère^s; et ses théories sur (( l'égalité dans les cultes » semblent surtout préparer la voie à l'effacement de tous les anciens cultes devant » le culte national », ou, plus exactement, « le culte de la nation ». Il peut partager cjuelquesuns des préjugés ou des rancunes de Rousseau; mais ces préjugés et ces rancunes, Jean-Jacques n'en avait pas le monopole : Dans <( la police des cultes » que rêve le curé de Moy, il ne reste plus rien du contenu mystique de « la religion civile » dnContrat; elle ne peut se réclamer que du patronage de Voltaire ou de Raynal *.
Dans tous les essais de cultes nationaux qui se succè- • deront jusqu'à Robespierre, la responsabilité de Rousseau n'est pas plus engagée. Est-il besoin de faire remarquer que le culte de la Raison lui eût été odieux, non seulement pour les mascarades ignobles dont il fut le prétexte, mais pour la pensée même qui Tinspirait? On a essayé de montrer que le culte de la Raison n'était pas si fermement athée que d'aucuns le disaient; on n'a pas voulu reconnaître en lui la pure pensée des encyclopédistes 2. Et peut-être, eh effet, n'est-il pas athée dans les termes : il s'est souvent exprimé en des discours d'un voltairianisme faubourien qui faisaient encore bon accueil à l'Être suprême et « au brave sans-culotte Jésus ' »; mais l'inspiration en est bien « philosophiste ». Cette « Raison », qui se confond avec «l'infaillible nature » de Diderot et de D'Holbach, est bien celle des faux « interprètes de la nature » que le Vicaire Savoyard
1. Accord de la religion, pa.ss\m, et, notamment, chap. i, v, ix, xxiv [408""], 1 sqq, 48, 58, 125-140. — Quelque sept ans plus tard. De Moy, dans son petit livre Des fêtes [495'"'], 149-1")4, déclarera que « la nature et Dieu ne sont que le seul et même être sous des noms dilTérents », (jue, " de CCS deux mots, il vaudrait mieux s'en tenir à celui de nature, parce que ce mot a conservé sa signification primitive », et qu'il conviendrait de « rayer donc le nom de Dieu de tous nos dictionnaires »,