‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 189 sur 386 · Séance du 1" frimaire an II [66]. XVIII · texte numérisé non relu

Séance du 1" frimaire an II [66]. XVIII

3. Dans l'épître^ rauteur des « Trois imposteurs >• [126], X, 403.

l't've. Dans sa mémorable harangue, d'une éloquence si artistement et si complaisaniment travaillée, sur les Rapports des idées religieuses el morales avec les principes républicains, il reprenait, pour l'élargir, le préciser et le rendre plus âpre encore, son anathème à Helvetius. Sous une forme oratoire, et avec des allusions plus directes, il parlait de l'Encyclopédie, et de « la. secte » qui l'avait soutenue, comme Jean-Jacques parlait des « philosophistes ». c Elle renfermait, disait-il, quelques hommes estimables et un i)lus grand nombre de charlatans ambitieux.... Cette secte, en matière de politique, resta toujours au-dessous des droits du peuple; en matière de morale, elle alla beaucoup au-delà de la destruction des préjugés religieu.v. Ses coryphées déclamaient quelquefois contre le despotisme, et ils étaient pensionnés par les despotes; ils faisaient tantôt des livres contre la cour et tantôt des dédicaces aux rois, des discours pour les courtisans et des madrigaux pour les courtisanes; ils étaient fiers dans leurs écrits et rampants dans les antichambres. Cette secte propagea avec beaucoup de zèle l'opinion du matérialisme, c{ui prévalut parmi le [)euple et parmi les beaux-esprits : on lui doit, en grande partie, cette espèce de philosophie pratique, qui, réduisant l'égoïsme en système, regarde la société comme une guerre de ruse, le succès comme la règle du juste et de l'injuste, la probité comme une affaire de goût et de bienséance, le monde comme le patrimoine des fripons adroits ». Toutes ces formules suivent de très près le réquisitoire de la Profession de foi et des Dialogues. Ce n'est pas seulement l'éloquence de Rousseau : ce sont ses haines et ce sont ses espoirs. Aussi avec quelle pieuse émotion « 1' Incorruptible » célèbre son saint précurseur! « Parmi ceux, dit-il, qui, au temps dont je parle, se signalèrent dans la carrière des lettres et de la philosophie, un homme, par l'élévation de son Ame et par la grandeur de son caractère, se montra digne du ministère de précepteur du genre humain : il attaqua la tyrannie avec franchise; il l»arla avec enthousiasme de la pivinité; son éloquence

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màle et probe peignit en traits de flammes les charmes de la vertu ' ». Robespierre pouvait ne pas nommer « ce précepteur du genre humain » : on reconnaissait, du moins, « le précepteur » de Robespierre dans les principes qui soutenaient tout ce discours : « Aux yeux du législateur, disait-il, tout ce qui est utile au monde et bon dans la pratique est la vérité. L'idée de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme est un rappel continuel à la justice; elle est donc sociale et républicaine ». C'était le principe de « la vérité utile », que le Vicaire expose si fortement à la fin de sa Profession. Le Rapport de Robespierre aboutissait à l'affirmation officielle de ces « sentiments de sociabilité, sans lesquels il est impossible d'être bon citoyen », et qui étaient déjà, dans la cité du Contrat, les premiers « dogmes de la religion civile » : « l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'àme ». Il pouvait sembler, à voir Maximilien, que Jean-Jacques ressuscité réalisaitenfin son rêve. Les contemporains, d'ailleurs, ne s'y sont pas trompés; et les deux visions se sont confondues devant leurs yeux 2. Quand Boissy d'Anglas décrira la fête du 20 prairial, où Robespierre, à la fois chef et pontife, représentait toute la nation devant l'Etre suprême, le souvenir du Vicaire Savoyard s'imposera à lui : « Robespierre, écrit-il, parlant de l'Être suprême au peuple le plus éclairé du monde, me rappelait Orphée enseignant aux hommes les princij)es de la civilisation et de la morale ^ ». C'est la fornmle même dont Jean-Jacques s'était servi pour nous présenter son « bon prêtre » : « Je croyais entendre le divin Orphée chanter les premières hymnes et apprendre aux hommes le culte des dieux * ».

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