Grégoire, Histoire des sectes
olïrent plus qu'un rousseanisme bénin. On nous a contr riiistoiro de tous ces fondateurs de religions, dont i)lusieurs furent de très braves gens : histoire fort intéressante comme histoire politique et sociale, presque nulle comme histoire des idées '. Culte des adorateurs de Daubermesnil, lulte social de Benoist-Lamothe, culte naturel de Bressy, théoanthropophilie, théophilanlhropie de Chemin et de Ilaiiy, religions civiles et décadaires de La Reveillière- Lépeaux et de Leclerc, toutes ces contrefaçons de religion peuvent se différencier par quelques détails de leurs timides rituels, mais c'est bien le même credo rudimentaire quelles imposent à leurs églises. Il vaudrait mieux, disait Boyer-CoUard à la tribune des Cinq-cents, appeler ces « niaiseries philosophiques », « le culte de Robespierre ^ »; elles ne contiennent, en effet, rien de plus que le décret du 18 floréal et « son couple de dogmes », comme dira La Rcveillière en son galant style ^ : l'Être suprême et l'immortalité de lAme. Un ministre du Directoire écrira poliment en marge d'un de ces nouveaux évangiles : « Ces vues ne sont pas nouvelles * ».
Ce théisme pâli continue à se réclamer de Rousseau. La plupart de ses pontifes l'ont lu, et le disent; mais ils ont lu pareillement et « le bon abbé de Mably » et, ce qui est plus inquiétant, Voltaire et Dumarsais'. Si ces religions adoptent des saints, ou plutôt des patrons et des précurseurs, elles feront place à Jean-Jacques parmi eux, entre Brutus, Socrate et Jésus '^. « La théophilanthropie, dira Siauve, n'est à proprement parler qu'une institution républicaine, une sorte de religion nationale, telle que la voulait Bousseau pour un peuple libre '' ». Quand La Beveillière
1. Cf. le livre très documenté d'Albert .Mailliez [587^, qui me permet ici d'être court.