Henoist-Lamothe, Projet d'an culte social
déclarer « vraie )>, parce qu'elle est « utile * », présenter ses dogmes, non comme des « dogmes à proprement parler, mais comme des croyances de sentiment ^ », c'est rester fidèle à quelques-unes des thèses chères à Jean-Jacques, mais non à toutes, ni à celles où se manifeste le mieux son originalité religieuse^. Nous ne retrouverons chez les tliéophilanlhropes, ni ce goût de l'Évangile, ni cette ferveur de piété pour Jésus, ni cette admiration de la bienfaisance du christianisme, ni ce « doute respectueux » devani le mystère, ni tous ces sentiments illogiques et proloiids, (jui permettaient an Vicaire de rester à l'autel.
Ce n'est donc pas, selon moi, chez les théophilanthropes que s'est réfugiée, je ne dis pas seulement la religion de Rousseau, mais même sa politique religieuse. Et je croirais la retrouver plutôt chez tous ces orateurs et législateurs, qui, au lendemain de Thermidor, timidement d'abord, puis en formules toujours plus expresses, vont se montrer indulgents à la vieille religion nationale, et tâcher de se servir d'elle pour la consolidation de l'État. Déjà môme sous Robespierre, dans son Essai sur les fêtes nationales, Boissy d'Anglas, qui pourtant ne ménageait pas
1. Cf. le titre du projet de loi de Leclerc Sur Vutililé d'une religion civile en France [488'*'''] ; La Reveillière, Réflexions sur le culte [488], 10 : « L'existence d'un Dieu réniuni'rateur de la vertu et vengeur du crime, rimmortalité de l'àme, conséquonce, pour ainsi dire naturelle, de cette première proposition, voilà le fondement d'un culte utile à un peuple ».