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LES DOCTRINES RELIGIEISES DE LA HEVOLUTION. 253
sanccs » qu'en reconnaissant droit de cité aux anciennes i- fables )> de « nos prêtres ».
Au moment même où la théophilanthropie commence à s'organiser. Portails, dans son Opinion sur les prêtres non assermentés, se risquait, devant les Cinq-cents, à un grand éloge de la loi évangélique : (c Exactement observée, disaitil, elle ferait de tous les hommes un seul peuple de frères, elle offrirait linstitution sociale universelle, sous la puissante garantie di; l'auteur même de la nature ' ». Ces fornudes sont d'un homme qui a lu Jean-Jacques; mais nous verrons bientôt qu'il n'a pas lu seulement le chapitre de la Religion civile. Peu après ce discours, Camille Jordan présentait aussi, devant les Cinq-cents, son Rapport sur la police des cultes, qui nous amène sur un terrain familier à liousseau : non celui des « maximes abstraites », mais de l'expérience et des « faits ». La religion, disait-il, est un besoin; les idées religieuses, jugées du point de vue de l'utile, ne peuvent être ({n'approuvées par le législateur :
l.oiii' besoin est senti surtout par les peuples en révolution. Alors il faut aux malheureux de l'espérance; elles en font luire les rayons dans l'asile de la douleur; elles éclairent la nuit même du tombeau; elles ouvrent devant l'homme mortel et fini d'immenses et magnitiques perspectives. Législateurs, que sont vos autres bienfaits auprès de ce grand bien! Vous plaignez l'indigent; les religions le consolent. Vous réclamez ses droits; elles assurent ses jouissances.... De quelque nom que notre haute philosophie se plaise à désigner des institutions si chères il la multitude, quelles que soient les jouissances plus exquises auxquelles nous pensons qu'elle nous admet, c'est là que le peuple a arrêté ses volontés, c'est là qu'il a fixé ses affections....
Mais, en accomplissant le vœu de l'humanité, vous suivez encore le conseil d'une profonde politique; en contentant le peuple, vous affermissez toutes les lois... Seules, les religions parlent efficacement de la morale au peuple; elles ouvrent son cœur aux douces affections, elles lui impriment le sentiment
1. Oiiinion de Porlalis sur la resolution du 27 Jlorcal dernier [70 lî], 11. 207.
de Tordre; elles préparent voire ouvraj^e; elles rachèveraicnt presque sans vous-mêmes. Il n'est pas une religion qui ne recommande Tobéissance aux autorités établies, qui ne la consacre en la rapportant à l'autorité de Dieu même : c'est le caractère spécial de la religion catholique *.
Et Camille Jordan continuait à paraphraser en formules complaisantes la maxime de Rousseau : « nos gouvernements modernes doivent incontestablement au christianisme leur plus solide autorité et leurs révolutions moins frécjuentes - ».
Le rapport de Camille Jordan est, à quelques semaines près, contemporain du discours de La Reveillière à l'Institut. Le rapport, comme le discours, est inspiré de Jean- Jacques, mais les deux oeuvres représentent des courants divergents; et ce n'est pas du côté de La Reveillière que sont les promesses d'avenir. Dans l'opinion de beaucoup d'hommes politiques, le retour à la religion du passé apparaît comme le seul moyen viable de rendre au pays son assiette morale et de consolider l'État. Penser « que jamais le clergé romain revienne à former en France un corps reconnu par l'État, est une pure chimère », disait La Reveillière-Lépeaux le 12 tloréal an V^. Quatre ans plus tard, la « chimère » allait devenir réalité; et, tandis que les derniers tenants de la théophilanlhropie achèveront dans l'obscurité leurs inoffensives liturgies, que de « bonnes protestantes », comme Mme de Staël, rêveront encore d'une France protestante ^, d'autres disciples de Jean- Jacques retourneront vers le catholicisme, pour conclure avec lui une paix durable : ils se contenteront d'abord de l'appeler « la religion » ou « le christianisme », sans plus; mais, un peu plus tard, ils lui donneront son nom véritable.