‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 197 sur 386 · Héjlexions sur le culte · texte numérisé non relu

Héjlexions sur le culte

4. Circonstances actuelles [496], 220 el suiv. C'est, d'ailleurs, l'idéal auquel, pratiquement, bien des théophilanthropes se seraient ralliés : cf. BcJJexions sur le culte [488], 17-18.

Je n'ai pas à décrire ici les progrès de celte réconciliation entre l'État français et la religion traditionnelle. Je veux montrer seulement que, dans cette réconciliation, ce sont les arguments de Jean-Jacques qui ont été invoqués. A la veille du Concordat, comme au début de la Révolution, on entend parler à nouveau de « religion nationale ». Mais, cette fois, il ne s"agit plus de chercher une religion nationale qui puisse se transformer bientôt en religion civile ; il s'agit, au contraire, de revenir de la religion civile à l'ancienne religion, en montrant tous les « avantages » de cette religion, pour la société comme pour le gouvernement, et en l'opposant à cette « désastreuse philosophie qui n'a su que mettre bas tous les appuis de la morale et des lois * ». « Moi aussi, — disait Bonaparte aux curés de Milan, à la veille de Marengo, — moi aussi, je suis philosophe, et je sais que, dans une société, telle qu'elle soit, nul homme ne saurait passer pour vertueux et juste, s"il ne sait d'où il vient ni où il va.... Nulle société ne peut exister sans morale, il n'y a pas de bonne morale sans religion; il n'y a donc que la religion qui donne à l'État un appui ferme et durable- ».

1 . Cf. [le P. Bernard Lambert], Remontrances au (joiivernement français sur la nécessité et les avantages d'une religion nationale (1800) [70 C], III, 193-207.

2. Discours du 5 juin 1800 [10 C], II, 2S1. Les Annales philosophiques, II. 247-255, prétendent en publier une version exacte « avec le texte italien, d'après l'exemplaire imprimé qui nous a été envoyé de Gènes ». On sait que l'authenticité du discours n'est pas certaine : cf. l'ouvrage du P. Ilario Rinieri, La diplomazia ponlificia nel secolo XIX, t. I, lloma, 1902. in-8, p. 13. C'est pourquoi j'ai cru pouvoir supprimer quelques phrases peu vraisemblables, où Bonaparte aurait alTirmé aux curés de Milan sa foi pure et simple en « l'infaillibilité » de l'Église. Au contraire, la formule : " nul homme ne saurait passer pour vertueux et juste, s'il ne sait d'où il vient ni où il va », a de grandes chances d'être authentique, car Desmares

Peu importe ici que rauthenlicilé de ces paroles ne soit pas absolument certaine; ce sont celles que les journaux de l'époque ont prêtées à Honaparte, et qu'il n'a pas désavouées; ce sont celles, du moins, qui peuvent expliquer son dessein de traiter avec Rome; et ce sont des paroles qu'aurait pu signer le Vicaire Savoyard ou l'auteur même du Contrat social. Quand encore elles ne seraient pas de Bonaparte, elles n'en vaudraient pas moins pour expliquer l'état d'esprit public qui a permis le Concordat. Mais, en se déclarant <> persuadé que la religion romaine est la seule qui puisse procurer un bonheur véritable à une société bien oi'donnée et afiermir les bases d'un bon gouvernement' », il semblera peut-être difficile que Bonaparte ait pu réaliser la pensée de Rousseau, et que le Concordat nous fasse assister au triomphe du Mcaire Savoyard. Et cependant, je croirais que l'on ne peut échapper à cette conclusion, lorsqu'on examine de près les textes officiels où la France gouvernementale de 1802 a reconnu les vertus sociales de la religion chrétienne, en faisant ses réserves sur les dangers politiques du « romanisme »,et en essayant, dans la mesure où les faits le permettaient, de « réunir les deux têtes de l'aigle ».

Bonaparte et Rousseau, — cette association pourra surprendre. Je ne veux pas chercher ici à savoir quelle pouvait être alors chez Bonaparte sa pensée intime sur Rousseau on sur Jésus; mais, à ne regarder les choses que du dehors, il semblerait qu'aux approches du Concordat, tous les ))artisans des restaurations religieuses et sociales n'eussent point d'eunemis plus visibles que les disciples de

nous rapporte de Bonaparte une maxime analogue, qui daterait de la môme époque. « Vers le milieu d'octobre 1800 », à un ex-membre des Anciens, qui lui faisait l'éloge des théoptiilanthropes et de leur « religion purement morale et sociale », il aurait répondu : « Oh! ne me parlez pas d'une religion qui ne me prend qu'à vie, sans m'enseigner d'où je viens cl où je vais ». Cf. P. Al. Desmarest, Quin:e ans de haute police sous le Consulat et rEmpire, édit. Alb. Savine, Paris, Garnier, li)00, in- 12, p. 80.

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