fHpitaijhe de J. J. Housseau [SIT
La religion de J. J. Rousseau. — III. 1~
Mais, dans le vrai, quels étaient les ■< principes » dont se réclamaient les signataires français du Concordat, pour justifier leur œuvre, sinon les principes mêmes de .rean- Jacques? Relisons tous ces discours et rapports officiels, où le « rétablissement de la religion en France » est magnifié en paroles plus philosophiques que chrétiennes. M. de Boisgelin, dans la chaire de Notre-Dame, présenta au iiublic de fonctionnaires qui récoulaienl un christianisme rassurant, n'ayant <c de tribunal que dans le fond des consciences », « doctrine saine et pure, sans fanatisme et sans superstition », dont <^ on n'avait rien à craindre », rien à « redouter »: il vanta siirlout <•: les douces consolalions qu'elle avait versées dans tous les temps, au sein des calamités publiques et privées », et les garanties incomparables qu'elle fournissait à « la tranquillité publique' ». Sermon médiocre, d'un rousseauisme dilué, dans la tradition des Lamourette ou des Boismont, il m'intéresse moins que tous ces discours d'hommes d'État, où le Concordat se défend laïquement avec les armes de Jean-Jacques. L'histoire littéraire n'a peut-être pas davantage à recueillir dans ces discours; mais on sent derrière eux toute une opinion jinblique. Parmi ces légistes et ces orateurs qui ont vanté le Concordat à la tribune ou au conseil, p.armi tous ceux qui l'ont ratifié de leur vote, combien se seraient scandalisés des critiques du Vicaire contre les miracles et la révélation? Fort peu, je crois; ils n'en étaient que plus à leur ais;> pour reprendre les considérations du Vicaire sur la bienfaisance et la beauté de l'Évangile, ou ses anathèmes contre les n désolantes doctrines » d'une philosophie « destructrice » : » Loin de nous, s'écrie Lucien Bonaparte devant le Corps législatif, ces doctrines désolantes, qui livrent la société au hasard et le cœur humain à ses passions! Malheur à cette fausse métaphysique, à cette métaphysique meurtrière, qui llétrit tout ce qu'elle touche ! Elle se vante de tout analyser en morale; elle ne fait (|ue
1. Discours sur le rélabUsscmcnl de ht relijion [90], 211-212.
LES DÛCÏHI.NES HELIGIEUSi:S DE LA RÉVOLUTION. 259
dissoudre.... Misérables sophistes! c'est en vain que vous accumulerez les arguments! rinfluence mystérieuse de la religion est incomi)réliensil)le pour les cœurs desséchés : sa puissance morale, comme celle du génie, .se sent, se conçoit, et l'on n'argumente pas sur son existence». C'est ra|)pel au sentiment souverain; et c'est aussi — Lucien ne l'ignore [)as — l'appel à Jean-Jacques, car l'instant daitrès il se tourne vers lui : « Ne consultons, s'écrie-t-il , ({ue les propres oracles du siècle : interrogeons Rousseau » VA Rousseau, comme Montesquieu, « d'annoncer que la religion doit être au premier rang des affaires de lÉtat... ; utile aux individus, elle est nécessaire aux sociétés »; le gouvernement ne peut rester étranger au culte. C'est à lui de l'oi-ganiser '. Le tribun Siméon présente le Concordat, « la plus belle conquête de l'humanité », comme la loi salutaire qui doit réunir dans une société vraiment fraternelle les citoyens de toutes les confessions et même les citoyens incrédules, car la tolérance, qui jusqu'alors, dil-il, <c n'était qu'un sentiment, tout au plus une pratique assez mal suivie, devient une loi, qu'un acte solennel va consacrer- ». Le tribun Carrion-iNisias réfute, sans le uommei', la théorie de Rousseau sur «; l'insociabilité » de l'Évangile, mais il le fait en se servant de lui pour exalter les « vertus sociales » du christianisme, et en se |)laisant à espérer, comme lui, « l'accord de la religion et de la philosophie, qui doit produire le bonheur du genre humain ' ». Tous ces discours de comparses ne font, d'ailleurs, ejue reprendre, sous une forme plus ou moins heureuse, les arguments de Portails; et c'est chez lui que nous devons chercher ce que l'on pourrait appeler la philosophie du Concordat. Quarante ans plus tôt', ce même Portails, alors jeune étudiant en droit, avait débuté dans la littérature