Rapport du 17 germinal
a. Discours au Tribunal [70 C], il, 35-40.
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par une l'éfutalion assez vive de VÉinile^. Mais cet apologiste de dix-sept ans, très sincèrement croyant, ne répugnait pas, même alors, à quelques-unes des idées de Jean- Jacques. Son opuscule des Préjugés, qu'il écrivit en 1702, est d'un esprit pour qui « les vérités dogmatiques ont des bornes », et qui sort volontiers « du cercle étroit que lui presci-it le dogme, pour entrer dans les régions immenses que lui ouvre l'opinion- ». Huit ans plus tard, ce juriste catholique rédigeait une Consaltalion sur la validilé des mariages des protestants de France, dont Voltaire pouvait admirer les principes tolérants, mais qui s'inspirait, sans le dire, de l'avant-dernière note du Contrat social'. Emprisonné sous Robespierre, proscrit après le 18 fructidor, la vie lui avait offert quelques occasions de méditer sur « les abus de l'esprit philosophique a\i xvin" siècle ». Peu avant de rentrer en France et de devenir le ministre de Bonaparte, il avait procédé à un inventaire de philosophie religieuse, sur lequel je reviendrai dans le chapitre suivant, pour montrer ce que cette philosophie doit à Jean-Jacques*. Sans doute, avait-il compris alors que l'adversaire d'autrefois était devenu un allié, car il le cite volontiers dans cet ouvrage posthume. Symbole vivant des transformations profondes de l'esprit public français au cours d'un demi-siècle, cet homme qui avait commencé sa cai--
1. Obserralions sur im oavrriiji' inlitulc •< Emile -.Avignon, Chamboaii, 1765, in-12 de 45 p. J'ai vaiiiemcul cherché ce livre dans les bibliothèques publiques. Mme la comtesse Portalis douairière, elle-même, a bien voulu nie dire qu'elle ne l'avait pas dans la sienne. Mais il est signalé par lo comte Portalis dans la Notice qu'il a consacrée à son père [493], I, 2 note: et surtout il est analysé par Sainte-Beuve, à qui « des secours de tout genre ont été donnés », dans ses articles sur Portalis, Cduseries du lundi, 3° édit., t. V, Paris, Garnier [1865]. in-I6. p. 445-446.
2. Même remanjue quo pour l'opuscule précédent : cf. iSainte- Beuve, p. 444.
3. La Haye et Paris, Dclaiain, 1771. in-12 : cf. la Notice du comte Portalis [493], I, 5-0.
4. De Vusaye et de l'abus de l'esprit philosophique au XVIII>: siècle [493] composé de 1798 à 1800.
LES DOCTRINLS KELIGIEUSES DE LA KEVOLUTIO.N, 261
rière de philosophe par une réfutation de VÉinile, laclièvc sur un discours en faveur du catholiscisme, qui melVÉmile au pillage. Je ne puis citer tout ce discours, où, d'ailleurs, de longs exposés techniques interrompent la pensée, mais quelques développements généraux suffiront pour y faire reconnaître, non seulement resjirit de Rousseau, mais ses formules* : « L'utilité ou la nécessité de la religion, disaitil, ne dérive-t-elle pas de la nécessité même d'avoir une morale? L'athée, qui ne reconnaît aucun dessein dans l'univers, peut-il utilement prêcher la règle des mœurs, en desséchant, par ses désolantes opinions, la source de toute niorallté^'l... La question de la préférence entre la religion et l'athéisme ne consiste pas à savoir si, dans une hypothèse donnée, il n'est pas plus dangereux qu'un tel homme soit fanatique ou athée, ou si, dans certaines circonstances, il ne vaudrait pas mieux qu'un peuple fut athée ou fanatique, mais si, dans la durée des temps, et pour les hommes en général, il ne vaut pas mieux que les peuples ainisent quelquefois de la religion que de n'en point avoirs.. Ne craignons pas le retour du fanatisme; nos lumières empêchent ce retour;... nous serons philosophes sans impiété et religieux sans fanatisme''.... Si les institutions religieuses peuvent inspirer du fanatisme,, c'est par le ressort prodigieux qu'elles mettent à itinie'-.... Nous voyons les