‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 201 sur 386 · Je souligne les textes où la réminiscence est visible · texte numérisé non relu

Je souligne les textes où la réminiscence est visible

2. Cf. Profession de foi [47], 445-447 : « Fuyez ceux qui sèment dans les cœurs des hommes de désolantes doctrines », etc.

3. Id., 453 : •■ Je sais bien que, dès qu'il est question de peuples, il en faut supposer ([ui abuseront de la philosophie sans religion, comme les nôtres abusent de la religion sans philosophie; et cela me paraît changer beaucoup l'élat de la question » ; cf. aussi le texte de l'Esprit des lois cité à la note 7 de mon édition [47], 433.

4. Cf. ¥•' Lettre de ta montagne, 111, 199 : « C'était établir ii la fois la liberté philosophique et la piété religieuse »; Nouvelle Héloïse {\l, XI), V, 62 : « Une religion raisonnable et sainte, «lui, ne favorisant ni l'impiété ni le fanatisme, permet d'être sage et de croire, d'être humain et pieux tout ù la fois ».

3. Cf. Profession de foi [47], 433-435 : " Le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel, est pourtant une passion grande et forte, qui élève le cœur de l'homme,... qui lui donne un ressort prodigieux ».

crimes que la religion n'empêche pas; mais voyons-nous ceux qu'elle arrête? Pouvons-nous scruter les consciences et y voir tous les noirs projets que la religion y étoufle et toutes les salutaires pensées (ju'elle y fait naître?... L'esprit d'irréligion, transformé en système politique, est plus près de la barbarie qu'on ne pense.... A l'approche des solennités, les familles se réunissenl, les ennemis se réconcilient, les méchants même éprouvent quelques remords... Que d'œuvres de miséricorde inspirées par la piété! que de restitutions forcées par les terreurs de la conscience ' »! Et, après avoir montré dans une page de belle allure, que l'on sent toute contemporaine du Génie du christianisme, l'alliance historique de la religion et des talents, Portails achève son discours sur les considérations même de .lean-Jacques :

N'est-ce pas la religion clirélienne qui nous a transmis le corps entier de la religion naturelle? Cette religion ne nous enseigne-t-elle pas tout ce qui est juste, tout ce qui est saint, tout ce qui est aimable? Protéger un culte, ce n'est point chercher à le rendre dominant ou exclusif : c'est seulement veiller sur sa doctrine et sur sa police, pour que l'État puisse diriger des institutions si importantes vers la plus grande utilité pui)lique, et pour que les ministres ne puissent oorronqire l.i doctrine confiée à leur enseignement, ou secouer arbitrai lemcnt te joug de la discipline, au grand préjudice des particuliers cl de l'État.... Les ministres catholiciues ne pourraient préclicr l'intolérance sans offenser la raison, sans violer les principes de la charité universelle, sans être rebelles aux lois de la république, et sans mettre leur conduite en opposition avec les lois de la Providence.... Ladoctrine catholique, bien entendue, n'olîre donc rien qui puisse alarmer une saine philosophie -.

t . Cf. Profession de foi [47], 'lOS-iGT : ■■ Que d'œuvres de miséricorde sont Vouvrnge de VÊvamjile! Que de restitulions, de réparations, la confession ne fait-elle point faire chez les c-atlioli(iues! Chez nous, combien les approches des temps de communion n'opèrent-elies point de réconciliations et d'aumônes •• !

2. Discours au Corps législatif, du 15 germinal an .Y fol 5], 8, 1(1-12, 15-16, 30, 48.

LES DOCTIiINRS lŒLKilEUSES Di: LA KKVOLUTION. 263

Kh oui! ces derniers mois paraissent nous entraîner tort loin du (^.outrât social et mémo de la Profession de foi. Pourtant, cette aflirmation des droits de « la raison », cette invitation à la « charité universelle )>, ce rappel des « lois de la Providence » et surtout des « lois de la république », toutes ces idées convergentes nous ramènent bien près de Rousseau, et même bien près du Contrat. Car le Contrat., qui est un traité tout théorique, édicté d"abord ce qui devi-ait être, mais suggère aussi des solutions pratiques. Du Contrat social, deux principes se dégagent, qui sont i)récisément ceux du Concordat : la religion est indispensable à lÉtat, mais l'État doit imposer sa tutelle à la religion, pour l)Ouvoir bénéficier toujours des idées religieuses et n'en jamais pâtir. N'est-ce point, d'ailleurs, un concordat silencieux que le ^'icaire Savoyard a signé avec son Eglise? Il en a critiqué les dogmes et la mission; puis, abandonnant ce point de vue critique, pour se placer sur le terrain des réalités, par « respect des lois », par souci de « l'ordre public », par sentiment de l'utilité sociale, il reste à l'autel et y convie ses frères.

11 semblera peut être à quelques-uns que ce sont là des rapprochements fantaisistes, où l'on abuse de similitudes verbales. Mais c'est au moment même où le Concordat venait d'être signé que les lecteurs de Jean-Jacques y ont reconnu son esprit. Le 20 vendémiaire an XII, la « Société des amis de Rousseau » se réunit pour fêter « l'anniversaire de lu translation de ses cendres au Panthéon ». Le citoyen Buman prend la parole et fait l'éloge du « grand homme». Ce disciiile de Jean-Jacques est un déiste sans « superstition », et reste fidèle à « l'Évangile de la raison »; il nous assure pourtant que l'auteur (^u Contrat social eût entendu avec joie « les paroles religieuses qui viennent d'être prononcées dans If sein du sénat français -. et qu'il eût

applaudi à la « sagesse du nouveau Concordat' ». Ouelqites mois auparavant, cet infatigable bavard de Dclisle de Sales, le très déiste auteur de la Philosophie de la nature, publiait un Mémoire en faveur de Dieu, où, sans rien renier de son passé philosophique, il recopiait telles quelles les pages incroyantes sur Jésus qui lui avaient valu en 1777 le cachot et le bannissement; il s y ralliait pourtant, et avec allégresse — avec « idolâtrie », dira-t-il, — à ce régime consulaire, qui venait « de rendre le Père des hommes à la grande famille des Français ». Fidèle à la conception rousseauiste de l'union des deux pouvoirs, Delisle affirmait « qu'il était essentiel, pour qu'un État ne restât à jamais divisé contre lui-môme, qu'il y eût dans son sein une religion nationale, une religion de gouvernement. Cette religion, ajoutait-il, ne saurait être une religion civique...; cette religion ne saurait être une théophilanthropie...; cette religion n'a pas le droit de se créer ellemême : elle ne peut (juc s'enter sur un culte des premiers Ages. Cette religion, quoique professée par des hommes d'État, devant être populaire, afin de devenir utile à vingtcinq millions d'infortunésquinesontpas hommes d'État, ne saurait être qu'une révélation- ». 11 va sans dire que Delisle de Sales n'est i)as converti. Le christianisme, c qu'il présente aux États comme la plus auguste des révélations », est un « christianisme épuré », ce (c christianisme primitif», ou plutôt cette « religion primitive qui fut chère à tout ce (jui se montra grand sur la terre par son génie ou par sa vertu' ■). Il semble évident à Dclisle de Sales que c'est à ce christianisme primitif que Bonaparte a donné la consécration de la loi en réconciliant la France avec » le chef visible de la religion européenne ».

Mais voici un témoignage plus [U'écis, d'une élcxpiencc moins fumeuse et plus cohérente. Témoin <il)S(ur, ce

1. Éloge de J. J. Rousseau [516], 22-24; cf., à la suite àe VÉloijc. 49- 52, L'évangile de la raison, ou Abrégé du code de la nature.

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