Id
l"exislence de Dieu soit innée en nous, et que la voix intérieure de la conscience nous fasse distinguer ce qui est juste de ce qui ne l'est pas. ce guide ne suffit pas h l'homme vivant en société, et qu'il lui faut nécessairement une religion positive;... que le peuple a des coutumes, des habitudes religieuses, qu'un sage législateur doit respecter; que, bien loin que les principes de la philosophie moderne puissent suppléer aux lois de la religion, ils rompent le lien social, en conduisant l'homme à Tathéisme. et par là même à l'oubli de tous les devoirs du citoyen; que la religion chrétienne est sublime et divine dans sa morale; que les ministres de la religion doivent surtout s'occuper à enseigner les devoirs de l'homme et du citoyen... et renoncera toutes les disputes métaphysi(iues sur le dogme toujours inutiles et souvent dangereuses; que la superstition et l'intolérance sont les fléaux les plus terribles des États; que le gouvernement' peut s'opposer à l'introduction d'une nouvelle religion dans l'État, mais qu'il est de sa justice de protéger également toutes celles qui sont établies; que le gouverncuient peut et doit surveiller le culte extérieur, mais qu'il ne peut jamais, pas plus que les ministres des cultes, scruter les consciences; que les ministres d'aucun culte ne peuvent former un corps séparé dans l'État; membres du souverain, ils restent soumis à toutes ses lois;... qu'aucune religion ne doit donner deux chefs à l'Etat. — Il ne me sera pas difficile de prouver que tous ces piini'ipes sont établis dans mes ouvrages, .l'ai dit....
Et le Ijon Jcan-Jacqnes, que fait parler Martin, n'a point de peine à rassembler tous les textes qui montrent l'idenlité foncière de la politique religieuse chez, le citoyen Portalis et chez le Vicaire Savoyard '.
Rousseau a dow: sa place dans riiisloirc religieuse de la Révolution; mais, quand on a suivi avec précision le tracé de son influence, on ne la reconnaît peut être plus là où on avait l'habitude de la proclamer. Si Rousseau a sa part de responsabilité dans les tentatives éphémères pour adapter le pur th('>isme à la vie politique française,
\. J. J. Rousseau aux Frn
LKS DOCTRINES HELICIEUSES DE LA RÉVOLUTION. 267
il en a davantage encore dans tout ce que Lucien Bonaparte, comme le citoyen Martin, appelle « des essais rétrogrades vers les idées religieuses ». Le culte de l'Ktre suprême peut en apparence se réclamer de Jean-Jacques; mais c'est une interi)rétalion toute scolaire de sa doctrine, qui n'en conserve- que le dehors. Néanmoins, dans la mesure où elle représente une protestation de l'esprit public contre les « désolantes doctrines » du « philosophisme ■■ révolutionnaire, on peut dire (pie Jean-Jacques n'y est pas étranger; les théophilanthropes, eux aussi, ont recueilli quelques formules du Mcaire, et surtout les trois ou quatre principes religieux du Contrai, plus sommaires, plus simplistes et, en apparence, d'une application plus aisée; mais ils ont laissé échapper, comme Robespierre, ce sens de la piété, ce respect des traditions nationales, cette reconnaissance pour l'œuvre sociale du christianisme, que le Vicaire avait su préserver. Seul le Concordat, semble-t-il , quoiqu'il ne réalise certes pas l'idéal religieux de Jean-Jacques, est pourtant ce qui sauvegarde le mieux cet idéal dans la France de 1802. Le \ icaire neùt pas refusé son approbation à un statut légal qui met à l'abri la morale chrétienne, qui ne bouleverse aucune habitude de piété, qui donne à TEtat la garantie de L)i(Mi, el qui, en incorporant les prêtres au souverain, réunit autant (pi'il est i)Ossible, en tenani compte du réel, (( les deux télés de l'aigle ».
L'esprit même du Vicaire Savoyard est un esprit de concordat. Le concordat qui porte la signature de Bonaparte et du cardinal Consalvi n'est pas le seul où se retrouve cet esprit, en (-e début du xix'^ siècle. Le Génie du christianisme en est un autre, concordat entre la littérature française et la tradition chrétienne. Il nous reste à voir comment ceux (pii l'ont préparé et celui qui l'a signé ont prolongé parmi nous la tradition de Jean- Jacques.