‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 209 sur 386 · Annaleg plLilosoi)liii{ues [70 G], IV · texte numérisé non relu

Annaleg plLilosoi)liii{ues [70 G], IV

5. Ces mois formeiU le litre même d'un arlicle des Annales philosophiques [7(1 C], IV, 54-64.

G. Jaulïrct, Du culte public [483], il, 106-167.

LA PREPARATION DU " GElNIK DU CllRISTIANlSMR ». 275

apologistes catholiques cuhiuh; un des meilleurs auxiliaires de la rénovation religieuse. Les adaptations qu'ils en font obtiennent un succès qui atteste les besoins du public* : l'une d'elles, qui aura le sieur Cousiu-Despréau.v comme auteur, et qui sera dédiée à l'abbé Gérard -, aura peut-être un aussi gros tirage que le Génie du christianisme. Ne sourions pas de son titre naïl" : Les leçons de la nature, — ou L'histoire naturelle, la physique et la chimie présentées à l'esprit et au cœur. Chateaubriand ne méprisera pas cet édifiant naturaliste; et son rossignol pourrait bien avoir appris quelques-unes de ses roulades à l'école de Cousin-Despréaux '. L'auteur du Génie, qui sera l'authentique héritier du Vicaire Savoyard, sera aussi le dernier de ces Sturm, de ces Pluche, de ces Nieuwentyt, qui ont aidé nos pères à jouir des champs et du ciel.

Mais, après avoir mis en valeur toutes ces inlluences concomitantes, il faut dire que celle de Jean-Jacques reste la première. « C'est à cet homme vertueux, dira Mosneron en 1803, que l'opinion publique dut sa résurrection temporaire '' >K Bien des âmes religieuses n'osent plus lui témoigner la même sympathie qu'avant 93, parce qu'il leur apparaît maintenant coiflé du bonnet rouge. Pourtant ceux même qui disent le détester pour le mal qu'ils croient qu'il a lait, continuent à se servir de lui, et à lui demander des armes contre l'ennemi commun. Voici, par exemi)le, trois livres catholiques, qui ont paru en 1796 : Du culte public, par l'abbé Jauffret, Théorie du pouvoir, par Bonald, Considérations sur la France, par Joseph de Maistre. Dans ces trois ouvrages, Rousseau est plutôt malmené, parce que ces trois apologistes étudient surtout la religion

1. Cf., en parliculier, i'adaplalion d'un a théologien caltiolique » en 1796 [391 B].

2. Leçons de la nature, Épître dédicaloire à l'auteur du « Comte de VaUnont » [5U4], I, p. vii-vui.

'i.'Leçons de la nature [504], 11, 83-84, et les rapprocliemeals (|ue j'ai signalés enire les deux œuvres [83], XX, 215-216. 4. Vie du lérjisluleur des chrétiens [520], 14-15.

dans son rapport avec TÉtat. lis ne veulent pas reconnaître tout ce que l'auteur même du Contrat social apporte de principes conservateurs au service de la restauration religieuse; ils le confondent injurieusement parmi les (( sophistes « el les i philosophistes » contemporains, et ils ne savent voir en lui que le père d'une révolution « satanique ^ ». Mais, à les lire, on se rend compte qu'ils ont envers lui une dette inavouée. « 11 faut veiller cet homme sans relâche, écrit Maistre, et le surprendre lorsqu'il laisse échapper la vérité par distraction "^ »: mais ce que Maistre appelle des (> vérités échappées par distraction », ce que Bonald appelle des " hommages que la vérité arrache à la philosophie^ », ce sont les principes fondamentaux de la pensée de Jean-Jacques : l'impossibilité d'établir une société sans Dieu. Quand Maisfre veut détromper son siècle de « ces désolantes doctrines qui ont perdu la France* ». faut-il encore rappeler qu'il reprend l'anathème du Vicaire Savoyard ? Quand l'abbé Jaufij-et définit « la religion du sentiment » et ses « rapports avec le culte public », il n'oublie pas que Jean-Jacques a « si bien compris toute la force du langage des signes », et il se sert de son témoignage ^ Par une amusante inconscience, au moment même où Joseph de Maistre proclame de son ton cavalier que Rousseau est « l'homme du monde peut être qui s'est le plus trompé », il reprend sans vergogne les arguments du Contrat et de la Profession de foi, pour monti'er que « toutes les institutions imaginables reposent sur une idée religieuse ou ne font que passer'"' ». Il ne [louvait pas

1. C'est, comme on sait, l'épithète chère à Josepli de .Mui^lre, Considéralions, V [484\ oo. Cf. les attaques contre Rousseau chez Bonald [481], II, 168, 3.31,' 4S.S, 111, 2; chez Jauiïret :483\ 1, 102, lût, II, 69. 314-315; chez Maistre [484:, 36, 81.

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