Profession
2. /'■'• Lellre cfun voyageur aivjlais [.318 A], I, 21 ; cf., aux AiipmcUccs do mon édition [47], l'addition de la p. 537, <|ui montre que r'est très vraisemblablement à Vernet que Rousseau a emprunté le mot.
3. Cf. Année litlcrairc de 17.'59 [59 IV, I, 2.S1)-21)0 et les textes que j'ai cités [47]. 451, note 5.
4. Le Nouveau mémoire pour servir à r histoire des Cacouacs [302] est de 1757.
SIGNinCATtON IIISTOHIIJLM'; DE LA u PROFKSSION J)E P'OI ». 31
redoutables vengeances de ^'oltaire. Avec un courage imprudent et une grandiloquence trop satisfaite, Pompignan fonçait droit sur « cette philosophie trompeuse », qui « se dit l'organe de la vérité, et sert d'instrument à la calomnie, qui vante sa modestie et sa modération, et se nourrit d'emportement et d'orgueil, cette philosophie, dont les sectateurs, fiers et hardis à la plume, sont bas et tremblants dans la conduite, qui n'ont rien d'assuré dans les principes, rien de consolant dans la morale, point de règle pour le présent, point d'objet pour l'avenir ». De Jean-Jacques et du poète « sacré », c"est, au fond, un même esprit qui anime les deux réquisitoires'. Devant cette nouvelle « philosophie », qui inquiète et scandalise, (|ui, « sous l'appât d'une fausse liberté, met en question ce qui fut utilement mis en fait depuis deux mille ans », « qui détruit tout et n'édifie rien, qui met enfin le poids et la mesure aux mains de chaque individu », tous les « amis des hommes », dont le marquis de Mirabeau est l'orateur un peu fumeux, mais souvent spirituel et toujours amusant, tous ceux qui ne se laissent pas éblouir par« ces petits éclairs d'antiprophèles », (jui désirent garder intactes les forces conservatrices de la nation, qui regrettent la vieille morale, et ([ui persistent à réclamer une religion non pas seulement pour le « peuple », mais pour « tout ce qui pense en vulgaire », ce qui veut dire pour tout le monde 2, — c'est à eux tous que la Profession de foi du Vicaire Savoyard vient i)rcter main-forte : elle va leur fournir ces arguments de haut style qui renouvellent ou ravivent une opinion, et qui sontd'aulant plus efficaces
1. Discours de réception à l'académie [313], 18-19; Voltaire, La vanité [126], X, 118; Morellet, Notes à la traduction de la Prière universelle [314] : cf., dans mon édition [47], la note 2 des p. i9'J-20l.
2. L\imi des hommes [297], 11, 144-145, 179-180. Noter que c'est parmi les lecteurs du marquis de Mirabeau que Itoussoau trouvera ses plus fervents admirateurs. La traduction du Sacrale rustique [319'^"^], (jui sera dédiée à Mirabeau, sera offerte à Jean-Jacques avec cette dédicace : « au premier des hommes » (Lettre d'Usteri à Rousseau, du 23 juillet 1762 [43], 29).
qu'ils viennent d"iin témf>in plus intlépendnnt et d'un transfuge.
Pendant quelque temps, la « pliilosopliie » a pu se faire illusion sur l'exacte valeur du Vicaire Savoyard. A la première lecture, lirritation fut moins vive, semble-t-il, que le contentement. On pouvait hausser les épaules quand on entendait Jean-Jacques transposer à sa façon les Pensées de Pascal, ou dénoncer les méfaits du «parti philosophiste »; mais on lui savait un gré infini d'avoir, sans détour hypocrite, et avec une belle franchise de courage, mis en lustre les <* absurdités » de l'Infâme : des libelles anonymes, frauduleux et toujours désavoués, ne pouvaient pas exercer sur le grand public l'action d'un livre, qui, sur sa première page, portait fièrement un nom fameux, qui, durant quelques semaines, s'était débité ouvei-tement cluz les libraires, dont les contrefacteurs avaient répandu le texte à profusion ', et dont la sincérité, le sérieux, l'éloquence accéléraient le succès. En apprenant que la bourgeoisie de Genève prenait parti pour le Vicaire Savoyard, Diderot écrivait joyeusement à Sophie \'olland que « ce petit événement, de rien en lui-même, aurait fait abjurer en un jour la religion chrétienne à vingt mille àmcs- ». Voltaire, tout reconnaissant à Jean-Jacques d'avoir « fait une sortie contre la religion chrétienne avec tant d éloquence et de sagesse », déclarait que « ce Vicaire Savoyard était, sans doute, vicaire du curé Jean Meslier'' ». Pi'ofiteur avisé, il avait découpé dans la Profession << la philippique contre le chiislianisme », et l'avait introduite dans son Recueil nécessaire. Elle y voisinait avec Dumarsais et le curé Meslier, avec le Sernwn des cinquante et VExamen important de milord Bolingbroke * : c'était dire tout le cas qu'en
1. Cf. inoii liilroduclion & \a Profession [il], p. i.xxxiv-i.xxxix.