Lettre du 2:i juillet 1762 [100], XIX, 8i
3. Lettre au marquis d'Argence de Dirac, du 22 avril 17(33 [126\ XLII, 4.57.
4. Cf., dans mon Inlroduclion a la Profession [47], p. xcvi. L'édition de 1708 [344 B], plus complète que celle de 1763 [344 A], contient également la Profession.
SlG.MnCATION IIISTOKIUUE DE LA « l'KOFKSSION DE FOI ». 33
faisait l'éditeur. Ainsi rtkinitc et assainie, la Profession de foi prenait une place distinguée dans l'armée des petits tracts « raisonnables », qui mettaient à mal la « superstition ». « Ce n'est pas une petite entreprise, disait encore Voltaire en 1768 au pasteur Roustan, de répondre à VExamen important, au Catéchisme de Vhonnète homme, au Militaire philosoplie. au livre du savant et judicieux Fréret, au dialecticien Dnmarsais, an livre de Boulanger, à ÏÉvanijUe de la raison, au \ icain- Snvoyard, le seul véritahliMuent lion ouvrage qu'ait jamais lait JeanJacques Pvoiisseau '. -> (>c sont c cinquante bonnes pages », qu' « il est triste qu'un pareil homme ait écrites », mais qu'il faut savoir utiliser. « Dieu bénit nos travaux », écrivait-il pieusement à Damilavillc : » .Jean-Jacques l'apostat n'a pas laissé de rendre de grands services par son Vicaire Savoyard- ».
La gratitude et l'adMiiralion de Voltaire pour ces « cinquante pages » sont si vives, qu'elles ne sondjrent [las dans sa colère grandissante contre celui qu'il va bientôt appeler un « chien de Diogène », un <( charlatan », « un enragé », (( un petit singe fort bon à cuchaîner et à montrer à la foire pour un shelling », « un grand fou, un méchant fou, un malheureux fou» •>. On dirait même qu'il est d'autant plus irrité contre lui, qu'il oublie moins ce que le parti lui doit : « C'était assurément, reconnaît-il, l'homme le plus capable de rendre de grands services, mais Dieu l'a abandonné... C'est bien dommage qu'il ait fait le Vicaire Savoyard : la conversation de ce vicaire méritait d'être écrite par un honnête homme. Il est affreux qu'il ait été donné à un pareil coquin de faire le Vicaire Savoyard'' ».
1. Instructions a Antoine-Jacques Roustan [126], XXVII, 117-118.
2. Voltaire à Damilavillc, lettres du 12 juillet 1763 et du 29 auguste 1766 [126], XLU, 516, XLIV, 403 : cf. encore à D'Alembert, lettre du 16 juillet 1764, XLllI, 276.
3. Correspondance [126], XLIII, 482, 487; XLIV, 186, 433, 484, etc.
4. Lettres à Daaiilaville, du 6 juillet 1763; à D'Argenlal, du 2 octobre 1765; à D'Alembert,. du 15 janvier 1765 [126], XLIII, 268, 437, XLIV, 77. Cf. encore dans une lettre —, il est vrai, diplomatique —
La religion de J. J. Rmisscau. — IIL 3
A tout prendre, l'homme de Ferney ne s"illusionnail-il pas sur les " services » que le Vicaire avait rendus? Ouand il essayait, quelques années plus tard, de se justilier à luimême les gentillesses du Sentiment des citoyens en gémissant sur les « trahisons >> de Jean-Jacques, quand il répétait à tous ses correspondants : « ce malheureux a fait un tort effroyable à la bonne cause », « il s'est rendu indigne de la philosophie », « il est plus coupable que personne envers elle, d'autres l'ont persécutée, mais il l'a profanée- »; — serait-ce donc qu'il avait attendu la cinquième Lettre de la montagne pour s'en apercevoir, pour comprendre que ce Vicaire Savoyard n'avait jamais été de la paroisse du curé Meslier, et que c'était dans sa Profession même qu'il avait « profané la philosophie' »? Damilaville avait vu plus juste, quand, dès l'apparition d'Emile, il avait oublié tout ce qui, dans le livre, pouvait servir à <• la bonne cause », pour ne ressentir que l'injure faite aux <( philosophes » : « Cet homme est l'opprobre du parti », écrivait-il alors à Voltaire 2.
Mais Voltaire lui-même était trop intelligent pour ne pas l'avoir compris dès le premier jour, si c'est bien dès le premier jour, comme je serais tenté de le croire, qu'il a griffonné sur son exemplaire de l'Emile les annotations passionnées, et presque irritées, qu'aujourd'hui encore nous pouvons y lire'-. Elles ne sont pas très nombreuses, mais elles sont si révélatrices! Presque tout V Emile proprement dit est resté intact : j'admettrais volontiers que
a -Mme du Delfand, du 26 juillet 17(i4. XI. 111, 2SG : - .l'ainiciui loujours l'auteur du Vicaire Savoyard, ijuni iju'il ail fail. el (jUdi qu'il puisse faire ».
1. Lettres à D'Argental et à Damilaville, des 14 et :iU juillet 17GG [120], XLIV, 338, 307, etc.
2. Cf. l'allusion que fait Voltaire a cette lettre, en écrivant à Damilaville le 31 décembre 1764 [126], XLIII, 418.
3. De cet exemplaire, qui se trouve à la Bibliothèque de Genève, M. Bernard Hou vier a publié les notes [324]. On trouvera dans mon fiiilion [47] loules celles qui concernent la Profession; et, à deu.x ou trois près, ce sont les seules que l'on p-iisse relever dans les ([uatre tomes de cet Éinile.