SIGNIFICATION IIISTORIOLK DE LA '■< PROFESSION DE FOI
\'oUaire parle pour lui, quand il déclare « qu'on ne peut lire ce roman absurde' ». Dans la Profession môme, bien des pages sont encore vierges de notes. Toute cette démonstration du théisme, qui représente pour Jean- Jacques un si méritoire effort de pensée, semble avoir laissé indifférent ce lecteur pressé; on dirait qu'il ne s'est senti attiré que vers les deux pôles de l'esprit de Jean- Jacques : la révolte rationaliste et la piété sentimentale. •* Tant qu'il voit le Vicaire se refuser à la révélation et aux [ ^ miracles, protester contre la conception biblique du peuple élu et la conception chrétienne du salut par l'iiglise, il ponctue sa lecture par des exclamations joyeuses; il édrïi en marge : « bon », « très bon », « excellent », « tout ce discours se trouve mot à mot dans le Poème de la religion naturelle et dans ïÉpître à Uranie^ ». Mais c'est une joie courte; et son approbation se limite, comme il le dit luimême, à « cinquante pages ». Dans le reste de la Profession, les maximes antivoltairiennes abondent: Voltaire ne les a pas toutes relevées, mais il s'est arrêté devant les plus irritantes. La méthode du Vicaire le jetait, dès l'abord, dans un monde où il se sentait dépaysé : ces appels au sentiment, aux évidences du » cœur », avaient un accent pascalien qui ne pouvait que lui déplaire; et il le dit. Il sent surtout que la méfiance de Jean-Jacques contre les « philosophes» est incurable, et qu'elle pourra le conduire aux pires forfaitures. « Pourquoi calomnier les philosophes »? lui demande-t-iP. Mais ces inquiétudes deviennent de l'indignation, quand il arrive aux conclusions du ^ icaire. Elles le déconcertent et l'exaspèrent d'autant plus f]uelles avaient pour préface des principes plus rassurants. 11 est dur pour l'auteur de VÉpître à Uranie, après l'avoir reirouvée « mot à mot » dans le sermon d'un prêtre raisonnable, de finir sa lecture sur l'éloge du fanatisme : " Jacques, lui crie-t-il, pourquoi insultes-tu tes frères et
!. Lettre à Damilaville. du G. juillet 1704 [12G], XLIIl, 268. :'. Profession [47], 320, 337, 341, 3S7. 1. W., 51, 53, 55,59, 91.
toi-mcine ' ^)? Dès que le Vicaire parle de l'Êvangilo, l'exécuteur testamentaire de Jean Meslier se sent en un pays haïssable : celui des superstitieux et des enthousiastes. Les annotations trahissent son énervenient. «' Jésus mourut sans faiblesse », déclare le Vicaire. — << Et sa sueur de sang »? répond la voix ironique 2. — « Où Jésus, demande le Vicaire, avait-il pris chez les siens celte morale élevée et pure, dont lui seul a donné les leçons et l'exemple »? C'est la négation de cette thèse essentiellement <* philosophiste », ([uil n'y a rien de plus dans la morale chrétienne (|ue dans la sagesse antique: cCst ce que lui redit Voltaire : « Et Kpictètc, Porphyre. ( '.oiilucius, Pythagore, tant d autres »?
— « Oui, poursuit le N icairc, si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu ».
— (c Qu'est-ce que la mort d'un Dieu »? riposte Voltaire inq)atienté^ . Et les petites notes méprisantes : <( faux, pitoyable, impertinent*», continuent jusqu'au défi suprême, quand Rousseau, parlant pour son compte, exalte les vertus du fanatisme aux dépens de la « philosophie ". Je ne crois pas que Voltaire ait jamais i)u se représenter ce (pi'étail « le })é(hé contre le Saint-Ksiirit », ni ce (jue « voulait dire » le \'iraire, quand il s'en dél'endait comme (!(.' la grande trahison spirituelle''; mais, si l'on essayait d'imaginer un « péché coiilre le Saint-Esprit » philosopliuine, [)ourrait-on en trouver un plus caractérisé que celui de Jean-Jacques dans cette dernière note de la Professionl la stui)eur de Voltaire nous le dit assez : c'est la stupeur d'un prêtre devant un blasphémateur effronté; lindignation létouffe; toute sa frêle machine est <''mue; les mots se pressent sous sa plume : « Quoi! tu fais l'hypoci-ile! tu oublies les guerres contre les ariens, contre les all)igeois, luthéi-iens, calvinistes, anabai)stes, etc., le