Lerons de la 'nature [.ïOi], IV, 238 et suiv
La reli^yion do .T. J. Rousseau. — IlL l'J
qui roulent >'. et concilie l'existence de Dieu avec Téternilé de la matière'; Maine de Biran, quand il médite sur l'athéisme et sur la mort'^; Chiniac et Portails, quand ils essayent de se construire une philosophie. L'ouvrage de Chiniac est, à ce point de vue, un témoin précieux. L'auteur en est médiocre; et l'on peut, sans dommage aucun, ignorer ses cinq volumes de « philosophie morale »; mais sa médiocrité même nous sert ici de preuve. Il n'est peut-être pas strictement orthodoxe'; mais, « chrétien sans fanatisme, et religieux sans superstition '" », il entend travailler pour la religion traditionnelle. Du reste, serviteur prudent du nouveau régime, il pensera être agréahle à Bonaparte en faisant durement la leçon à Jean-Jacques, à « cet homme assez audacieux pour vouloii^ par des sophismes anéanl:ir la société, et y porter la destruction et la mort.... 11 n'y a, dit-il, que des fanatiques révolutionnaires, des amis de l'anarchie, qui aient pu conserver du respect pour lui •' ». Chiniac, en effet, ne le « respecte » pas, car il le pille avec un sans-façon, qui serait un brigandage, si les textes qu'il exploite étaient moins connus : des chapitres entiers ne sont que du Bousseau à peine démarqué et délayé. Le lecteur de Chiniac, qui n'aurait pas lu la Profession de foi, en retrouverait l'essentiel, j'entends toutes les démonstrations et formules conservatrices, dans les Essais de philosophie morale'^'. Le témoignage de Portails a plus de valeur, parce que c'est
i. Cours de morale religieuse [498], 1, 13, îG, 31, 12(i, etc.
2. Réflexions sur l'athéisme; Médilalion sur la mort (17U3) [639], 57.
3. Cf., sur ce sujet, la correspondance de Chiniac avec un prêtre de ses lecteurs [303], V, 136-154.
4. Journal de la- préfecture du départemuit de Lol-el-Garonne [.oOS]. V,
5. Essais de philosophie morale [503], IV, 192. L'ouvrage se termine, V, 320, sur une citation du discours de Bonaparte aux curés de Milan.
li. CI., i>;ir exemple, tout le chapitre De rinsliiicl moral [503], 11, 2G7-274. Ailleurs, au contraire, les citations expresses sont si nombreuses que les Essais ressemblent par places à un centon de Rousseau : cf. 1. 4 et suiv., 23-31, 308, 317, etc.
LA PRÉPARATION DU » UÉNIK DU CHRISTIANISME -> . 291
celui d'une intelligence très distinguée, sinon très vigoureuse. Dans son livre De l'usage et de l'abus de l'esprit pftilosophique durant le XVIII^ siècle, qu'il écrivit en 1799, on sent que ce chrétien sincère reste sous la dépendance de Jean- Jacques, et que là même où il ne peut pas le suivre, c'est en se servant de lui qu'il le combat. C'est à lui qu'il empruntera la distinction de la sensation et du jugement, la réfutation de l'athéisme, l'invocation à la conscience, le parallèle du fanatisme athée et du fanatisme religieux '. S'il veut défendre contre le Vicaire Savoyard l'utilité de In- prière, c'est à Julie elle-même qu'il demandera son aide 2; et, s'il veut établir « les règles d'après lesquelles on peut se diriger dans le choix d'une religion », il choisira sans hésiter la religion chrétienne, mais par des arguments que Jean-Jacques n'aurait pas désavoués. « J'écarterai comme fausse, dit-il, toute religion qui n'aura pas comblé l'espace immense qui sépare la terre du ciel; et. à moins d'étouffer cette lumière vive du sentiment, que j'appelle l'évidence du cœur, s'il est permis de s'exprimer ainsi, Dieu sans cesse offert à nous, comme le principe et la fm de toutes les actions humaines, devient à la fois le plus noble et le plus sûr instinct de l'homme ^ ».
Cest dans des formules comme celles-là, plus encore que dans les plagiats de Chiniac et des autres, que la vitalité de l'esprit de Jean-Jacques, et son action sur les âmes religieuses d'alors, apparaissent manifestes. Ce qu'il leur a appris, et ce qu'elles ne peuvent plus oublier, ce sont ces « évidences du co-ur », qu'il a voulu i)arfois soumettre
1. Usage et abus de l'esprit j-hilosop}iiqae 493]. 1,242-243, 252-25-3. 259- 2GI, II. 150-154.