kl.. H
au contrôle delà raison, mais qu'il a rendues si impérieuses et délicieuses, qu'on ne veut plus l'écouter lui-même, quand il parle de la raison. C'est en vain qu'une intelligence généreuse, comme celle de Mme de Staël, essaiera de concilier ou de juxtaposer, ainsi qu'il le faisait jadis, la foi en la raison et la soumission aux appels du cœur, — celte idéologue sentimentale ne pourra pas toujours résister au mouvement qui emporte sa génération; et l'auteur de Corinne et de V Allemagne finira par se convertir à la religion du pur sentiment. Tandis qu'eHe s'obstine encore à proclamer " la puissance de la raison » et à réclamer une religion ', tandis qu'elle reste fidèle au « théisme des hommes éclairés et des Ames sensibles- », la foule des disciples de Jean-Jacques ne reprochent au maître qu'une chose, c'est de n'avoir pas suivi jusqu'au bout les principes ciu'il avait posés. « Le sophiste de Genève aurait été heureux, écrit Chiniac, si son esi)rit ne l'eût jamais détourné des principes que son cœur lui dictait-' ». Ce que Chiniac remarque avec aigreur, Ballanche, dans ce livre Du sentiment, dont le titre dit assez l'inspiration, le constatait en 1801, avec une inélancolie toute pleine de tendresse et de piété filiale :
Le sentiment, plus clairvoyanl mille fois que la raison, illumina cet homme étonnant, qui seul ait eu le don de faire secte dans ces temps modernes, sans y mêler le prestige des nouveautés religieuses; cet homme, qui passa sa vie entière à lutter laborieusement contre les chimères de son imagination et contre les tourments de sa sensibilité : cet homme, qui a versé dans ses écrits le ferment de toutes les passions, le germe de toutes les vertus; cet homme, dont les ouvrages, forts de tant de sève, peuvent faire dire : malheur à ceux qui les ont lus sans cire émus profondément, car ils sont morts à toute sensibilité!
1. Cf. la coïKîliision des Circoiislanccs actuelles : « De la puissance de la raison » [496], 2.")7-30.^, et lechapilro Des religions, notamment p. 214-215.